Feuilllle, Itin'Errance et Natur'Ailes

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12 janvier 2015

Les Enragés - II -

 

 

 

Dimanche, République - début d'après-midi.

 

Les émotions sont terribles : allégresse et peine entremêlées. La révolte face à l’absence des êtres regrettés et ce qu’ils représentent égale la joie de ressentir à nouveau cette fraternité neutre de tout préjugé, enfin retrouvée. On se sent emporté vers une conciliation intense, sans oublier cependant le recueillement.

 

 

 

… Normandie, dès potron-minet :

 

Nous nous sommes levés tôt afin d’arriver de bonne heure à Paris. Vite vite, voiture jusqu’à la gare la plus proche de chez nous desservant la Capitale, train, RER, métro…Pas question de ne pas participer à ce Rassemblement, que nous désirons déjà historique au fond de nos cœurs !

 

Il fait plutôt bon.

 

… Sac-à-dos, eau, fruits, sandwiches.

 

Au travers les vitres des divers véhicules, je vois défiler la campagne normande, champs et bois alternés, puis les villes de plus en plus rapprochées, enfin les murs et les murmures de la ville.

 

Etonnement à l’arrivée à Paris vers midi de voir la place et ses alentours totalement investie et grouillant de monde. On se presse, on presse, on « dépresse ».

 

Pas de véhicules roulants. C'est un drôle de Paris aujourd'hui. Ah : Ne pas oublier de regarder les fenêtres des immeubles, riches en information aussi.

 

 

 

Rassemblement :

 

Les émotions sont terribles : allégresse et peine entremêlées. La révolte et la détermination face à l’absence des êtres regrettés et ce qu’ils représentent égalent la joie de ressentir à nouveau cette fraternité profonde et authentique, neutre de tout préjugé, enfin retrouvée. On se sent emporté vers une conciliation intense, sans oublier cependant ce qui l’a provoqué ni le recueillement.

 

Avec difficulté, si lentement que nous comptons notre avancée par demi-mètres, nous tournons autour du monument devenu socle vivant tant il est recouvert de monde. Nous regardons passionnément les banderoles. Sous les déclamations et la Marseillaise, nous prenons en photo celles qui nous touchent le plus, celles que nous trouvons les plus originales ou percutantes. Certaines nous font rire, d’autres piquent les yeux.

 

Certaines les deux : « Ils ont voulu nous réduire au silence, ils n’auront obtenu qu’une minute. »

 

              Sous les silhouettes volontairement identiques et anonymes des terroristes qualifiés de lâche, trouillard et froussard, les photographies bien séparées de Wolinski, Cabu, Charb, Maris, et Tignous précédées de ces mots : « Eux ne se cachaient pas, eux ne se sont pas enfuis. »

 

                           « Arrête ton char, lis ! » ( j’y avais pensé du coup j’éclate de rire)

 

                           « Qu’un sang impur abreuve nos crayons. » ( vue plus tard à Bastille)

 

Et tant d’autres.

 

 

 

… Je suis impressionnée, puis carrément abasourdie par le nombre de gens motivés présents à ce Rassemblement. Je prévoyais qu’il y aurait beaucoup de monde mais à ce point je ne l’avais pas escompté : "du jamais vu".

 

J’imagine que les autorités et nos gouvernants ne l’ont pas prévu non plus, car finalement le périmètre de sécurité est étendu plus loin qu’initialement prévu, pour désengorger le centre République.

 

Il est temps, car plus l’heure avance, plus l’espace vital s’est rétréci, et, question élémentaire de survie, nous décidons de remonter l’artère menant à Bastille bien avant quinze heures. Déjà nous voyons des personnes se sentir mal, et certaines sont prises de malaise.

 

Mobilité restreinte et densité humaine… Il nous faudra plusieurs heures.

 

 

 

Dans le même temps, je me surprends à sourire, malgré les enjeux consécutifs aux attentats constamment logées dans un recoin de l’esprit : les gens d’armes de toutes catégories ne sont pas, pour une fois, « contre » nous : ils sont plutôt « tout contre nous », même derrière leurs barrières de sécurité. Cela semble « faire du bien à tous. » Voilà la véritable force des Forces de l'Ordre.

 

Comme nous avons besoin d’être les alliés de nos protecteurs ! Comme ils ont besoin de notre reconnaissance !

 

Voilà la véritable force des Forces de l'Ordre!

 

… Les couleurs de la République sont multiples et toute cette diversité entonne notre hymne national fréquemment, ponctué d’applaudissements. Est-ce cela le véritable patriotisme ?

 

Les coiffures se font voiles, crayons, drapeaux, plus rarement kippa.

 

Les couleurs sonores chères à Baudelaire sont encore bien vivaces.

 

 

 

… Je songe amèrement que tout le monde n’a pas encore réalisé ou admis qu’il n’y a qu’une race chez les hommes, sinon les espèces ne pourraient se métisser entre elles. Et quand bien même !

 

 

 

Parmi toutes les pancartes en plusieurs langues « JE SUIS CHARLIE » (dont le concept a dépassé le Concepteur J.Roncin) et ses formidables dérivés, je cherche quelque chose dans la foule, un certain slogan ; enfin je le trouve en unique exemplaire inscrit à la main :

 

"JE SUIS TERRIENNE".

 

L’affiche est portée par une calme et belle femme d’une cinquantaine d’années, qui contemple sereinement sans bouger la masse humaine, mouvante et émouvante.

 

 

 

Sourire… Elle aussi a dû voir des extra-terrestres.

 

 

 

 

 

 

 

 

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