04 septembre 2008
Départ
Départ
Dans l'éternité de l'espace infini, des étoiles naines ou géantes naissent et s'éteignent avec le temps...
Leur lumière leur survit...
Dans les vastes océans profonds, des animacules étranges transpercent
les ténèbres liquides avant de retourner au plancton...
Leurs traces le nourrissent...
Dans les profondeurs denses d'un sol de sienne, des bêtes aveugles et
rampantes ressentent toutes vibrations avant de se minéraliser...
Leurs frissons les cisèlent...
Dans la monstruosité fantastique du temps, les liens se figent en
s'entassant : ils trament une toile merveilleuse que l'on nomme "La
Vie."
Et son fil croît...
Pour Anti
30 août 2007
LE DICTIONNAIRE
LE DICTIONNAIRE
Définition : Recueil des mots d’une langue, des termes d’une science ou d’un art, rangés par ordre alphabétique…
C’est froid, une définition, mais celle-ci a au moins le mérite de porter presque en son cœur le mot recueil…Un mot qui sent la collecte, l’étrange et l’inconnu, un mot qui se feuillette avec les doigts, avec les yeux, avec la tête…
Un livre qui se découvre petit à petit mais que l’on ne connaît jamais tout à fait ; qui porte en lui le rêve et le voyage, l’au-delà du quotidien, les pensées sauvages.
Un jouet raisonnable, un instrument de travail distrayant : on en caresse les pages et les images au hasard, sans chercher forcément un mot spécial, on reste des heures devant une reproduction ou un terme jusqu’à l’intégrer, jusqu’à en devenir « savant »…
Le désordre dans l’ordre…
De l’outil laborieux, malgré sa couverture rébarbative et craquante de papier d’emballage brune (ou « bleue scolaire »), on en vient ensuite au jeu sérieux…
Version 1935
…France, 1958 ; Thiérache, (département de l’Aisne).
… Nous étions trois bambins à vivre ensemble en pleine nature dans une famille de garde forestier. La maison était chaleureuse et accueillante, l’argent était rare évidemment comme souvent à cette époque, la débrouillardise et l’autarcie étaient les moteurs de la vie habituelle.
Sur la colline esseulée et arrondie, et audacieusement flanquée de deux grands sapins sur la gauche et d’un immense jardin à droite, la maison de briques rouges au toit bleu gris d’ardoises s’organise hiver comme été autour des animaux et de la forêt. Sa porte d’entrée révèle lorsqu’elle est ouverte une cuisine assez large, qui donne sur l’étable de nos deux vaches ; Attenant à l’étable, la soue, le poulailler et les cabinets (et oui ! un trou confortable sur un meuble de bois ! Nos petits derrières roses se sont-ils assez encrés en ce temps-là avec le papier des journaux minutieusement coupés une fois lus, et qui servaient de….vous devinez quoi !) ; Puis vient le bâtiment à bois qui ne contient jamais entièrement tous les stères indispensables aux besoins annuels de chauffages et de cuissons.
De l’autre côté de la cuisine, la grande salle, à la fois dortoir et salle à manger, offre aux regards ses deux vastes lits superbement recouverts par Mémé de tissus fleuris , une machine à coudre à pédales (Original Victoria), une gigantesque armoire où logent, pliés et odorants, linge et vêtements, un gros poêle Gaudin merveilleusement peint de roses bleues, et une table centrale autour de laquelle nous nous poursuivons inlassablement en cas de mauvais temps (une dizaine de chaises tressées de paille plus ou moins bien rangées l’entourent). Un bahut conserve le long d’un des murs les choses mystérieuses et les secrets celés des adultes, et, dans l’angle le moins éclairé, une autre table, géante à nos yeux de petits enfants et peinte de sombre, sert à empiler je ne sais plus trop quoi ; elle est surmontée d’étagères de la même teinte.…
Cette table ? à éviter, le Grand-père n’hésite pas à se faire respecter ! Pas touche, les Mômes !
…Les jouets étaient rares : à part les Nounours (un différent pour chaque enfant), ils étaient tous fait maison : les deux « catins* » et leurs habits de rechange, leur lit échafaudé dans une caisse en bois joliment tapissée de tissu percale clair et gai, quelques écuelles en guise de dînette (fonte, bois et terre), une locomotive et son tandem en fer.
Nous n’avions pas de crayons de couleur, pas de peinture, un stylo bic était précieux, le porte-plume et la bouteille d’encre noire aussi, même le papier vierge était sauvegardé méticuleusement. (Sur la table à "pas touche" !)
Mais tout papier d’emballage était repassé avec les vieux fers qui chauffaient sempiternellement près de la cafetière, sur un coin de la cuisinière, et Grand-père nous taillait toujours très soigneusement de la pointe de son couteau (Opinel) les crayons « noirs ».
Je me souviens aussi que du minuscule meuble de couture de Mémé s’écoulaient, si l’on savait s’y prendre, (et on savait, n’en doutez pas !) des boutons sublimes, incongrus, dépareillés, qui nous servaient de perles.
Au-delà de l'ancestrale habitation, l’espace, émaillé de vaches et de moutons, vert, feuillu, marbré des couleurs sombres des arbustes à baies, des caducs et persistants, ondulait sous un vent perpétuellement sonore, et notre vivacité s’en nourrissait intensément.
La terre glaise du ruisselet nous offrait les délices du modelage, les fleurs des champs ceux des bouquets floraux ; nous apprivoisions les animaux fermiers avec constance et beaucoup d’amour, ils étaient ensuite tués pour les repas devant nous, qui détalions, horrifiés, mais nous connaissions déjà inconsciemment le prix à payer pour manger de la viande de temps à autre. (Volailles et lapins)
La pâture érigeait son petit théâtre de verdure sur lequel nous jouions des scénettes et chantions des refrains inventés (une dénivellation du pré figurait coulisse et scène), la forêt se construisait soudainement de cabanes, la coquette petite barrière blanche et grinçante de la petite cour d’entrée nous servait de balançoire et les dalles d’ardoises brutes serties au sol, de marelle.
Le gigantesque chêne accroché au bas de la colline nous fournissait tous les glands dont nous avions besoin pour nos minuscules bestioles recomposées, ses énormes racines garnies de mousse nous trouvaient parfois allongés sereinement entre elles.
Fram, gentil chien bâtard noir et blanc, s’acoquinait régulièrement de nos présences malicieuses mais toujours respectueuses : tuer pour manger, certes, taquiner passait, nuire sans raison, nous n’y pensions même pas.
Derrière la grande pièce à vivre, une chambre réservée aux grands-parents aussi immense que la salle continuait le prolongement de notre demeure, suivie d’une autre plus petite pour les Arrières Grands Parents, le tout meublé de bois exclusivement. Un escalier rampait en descendant de cette pièce et en grognant au moindre courant d’air pour mener à la cave à fromages.
Du minuscule couloir servant à garder les pains, un autre escalier grimpait alors dans un endroit qui nous faisait un peu peur, à savoir le fameux grenier : un antre énigmatique où un tas de vieilleries s’entassait pèle mêle, et qui dissimulait ses mystères d’avant guerre que nous fouillions sans vergogne ! Rien ne nous plaisait plus que de monter fourrager au grenier, mais nous n’osions y grimper qu’accompagnés d’un(e) adulte… Les cadres des ancêtres austères paraissaient nous observer avec mépris, et il nous semblait que les objets nous étaient vaguement hostiles et qu’ils nous ordonnaient de chuchoter pour ne pas les éveiller de leur passé ouaté…
Nous en redescendions poussiéreux et heureux, palpitants et soulagés, déguisés des fanfreluches anciennes et démodées, avec quelques colifichets que notre Grand-mère souriante situait avec précision dans les rides et méandres de son existence.
« -c’était à tante Andrée, ce sac. »
Ou bien :
« -ah tu as trouvé la vieille baratte à beurre ! Mais qu’est-ce que tu vas faire encore de ça ? »
Et encore :
« -Mais ! Ce sont les tabliers de ma mère ! Attends là un peu que je voie si je ne peux pas en retirer quelques bons chiffons ! »
Puis lassés et comme engourdis de notre intrusion, nous courrions à perdre haleine dans la pâture en hurlant de joie et nos yeux se dessillaient alors dans la lumière du jour, crue et éclaboussante...
…Si les jeux d’intérieurs étaient sensés devoir être plus calmes, il fallait bien tout de même nous occuper ! Une bande d’enfants heureux, même petite, (il y avait en plus deux autres « Tiots Mouflets ») ne peut rester des heures sans rien imaginer ni bâtir.
Et les soirées étaient aussi sources « de retour au calme », la preuve :
Jouer au « poste TSF » nous arrachait des « srrouikksss et des scrrrouchts, » entrecoupés comme il se doit de lambeaux de chansons, de paroles, de bruits divers, et nous tournions pour une bonne réception du son les doigts tendus de « l’enfant-poste » avec amusement et application ; chacun notre tour nous nous évadions ainsi dans des informations enfantines et joyeuses et des jeux radiophoniques fantaisistes, tandis que les deux autres réglaient et écoutaient le poste.
Jouer « au train » nous faisait déplacer sans douceur quatre chaises face à face et nous les arrangions « façon wagon » sous une des fenêtres. Nous tressautions alors allégrement sur des cahots ferroviaires, aussi imaginaires que trépidants, et nous voyions les paysages défiler à grande vitesse. Nos exclamations ressortaient ce que nous avions pu apercevoir ailleurs, nous nous extasions sincèrement sur de grands monuments ou des situations cocasses mimées. Il va sans dire que le contrôleur poinçonnait nos billets signés malhabilement de noms de villes soi-disant lointaines… (Un des adultes qui circulaient par là au hasard de leurs passages était harponné d’une supplique vite accordée.)
Jouer à ce jeu insolite « attention à la population » relevait du pur baroque : trois joueurs, trois rôles : le Regardeur (qui devait écouter !), le Pinceur, et le Causeur.
Le Causeur, les lèvres tenues pincées entre les mains du comparse Pinceur, devait articuler clairement cette expression intégrée dans une histoire (logique de préférence, mais la logique des enfants !) sans que l’autre puisse deviner qu’il allait la sortir ! Le « Pinceur » devait l’en empêcher « juste à temps », en lui refermant la bouche, mais le Causeur narrait évidemment des histoires qui suscitaient l’attention et la curiosité pour en faire oublier l’interdit, et clamait très rapidement l’expression
Tous nous gagnions autant que nous perdions, dans des éclats de rire. Le Regardeur décidait si oui ou non le Causeur avait réussi son défi.
Ce genre de « retour au calme », assez bruyant il faut bien le dire, enclenchait naturellement au bout de quelque temps un excédé quoique amusé :
« -Ne faites pas tant de bruit les enfants ! Et rangez un peu que j’ai un peu de répit ! » destiné à la petite troupe !
L’imagination fertile des « bambins » utilise absolument tout ce qu’elle peut saisir à sa portée pour s’évader… Peu de jouets et beaucoup de jeux…
…L’austère table noire recelait un trésor : un vieux et lourd bouquin cartonné d’ocre, écrit en noir et blanc, que nous donnait la Grand-mère, lorsqu’elle ne pouvait plus supporter nos chahuts bruyants et nos gambades intempestives, et alors nos petites pattes salies de nos jeux poussiéreux étaient vite rincées à l’eau froide !
Des trois livres existant à l’époque dans la maison, c’était évidemment notre préféré, que nous sachions lire ou pas, à nous enfants un peu farouches et campagnards qui poussions avec bonheur et liberté dans un espace immense, entourés d’arbres et de ruisseaux, d’un village excentré, et d’une école à classe unique.
Nous étions souvent dehors hors scolarité, mais au cœur de l’hiver ou le soir, tous installés dans le même lit, à l’aise et au chaud sous la plume, nous jouions au DICTIONNAIRE.
…Nos jeux avec ce livre fantastique s’apprirent au fil du temps, ils se différencièrent petit à petit, devinrent de plus en plus élaborés car nous les peaufinions en prenant de l’âge ; je les ai transmis à mes enfants, étant l’heureuse détentrice de ce vieux trésor qui ne passionnait guère une fois adultes les deux autres compagnons, et qui préférèrent l’une des casseroles, l’autre une culotte de velours côtelé du vieillard. Chacun a placé sur les vétustes objets l’attrait affectif qu’il y portait, la grande est devenue enseignante amoureuse d’art culinaire, le garçon un adulte accompli qui s’occupe avec efficacité et chaleur de SDF, et je continue à effeuiller les pages de la vie et lire et écrire… et surtout rêver…
…Je n’affectionne guère les dictionnaires nouveaux sans images, ou alors trop brillants, trop nets, trop directs. Ces « dicos » là sont fonctionnels, utiles, efficaces. J’en ai souvent besoin. Mais il est impossible de « jouer » avec eux, de les chérir de la même manière.
…Mes deux enfants s’en sont amusés autant que nous trois avions pu le faire il y a un tout petit peu moins de cinquante ans…
Je ne sais encore à présent, qui voit avec tendresse se profiler le nouveau profil de grand-maman à mon tour, ni me lasser de tourner les vieilles pages flétries à l’odeur ancienne, pour y découvrir de nouveaux mots et de nouvelles images et m’étonner de leur passage stoïque dans le temps, ni me priver du plaisir partagé que nous éprouvons ensemble à deviner les curieuses reproductions en noir et blanc d’objets souvent devenus anachroniques.
C’est la caresse d’une enfance inoubliable liée par ce livre (entre autres) à celles très modernes de ma fille et de mon fils.
Nous ne savions pas, enfants, que nous jouions aux « savants », mais nous l’étions déjà puisque nous avions en nous l’essentiel : l’amour des mots et de l’évasion...
*catin : nom que l’on donnait dans mon village natal à nos poupées de chiffon ; ce n’était pas péjoratif. Leurs visages étaient très bien brodés, leurs cheveux de fils étaient toujours en chignons ou en nattes, leurs vêtements cousus à petits points soignés. Elles traversaient au moins deux générations.
LES JEUX DU DICTIONNAIRE :
1) Deviner les mots dessinés :
Dans les anciens dictionnaires, chaque nouvelle lettre commençait avec une demie page dessinée d’une scène ne contenant que des objets ou symboles dont les initiales était justement cette lettre.
Il nous fallait en reconnaître -ou deviner- un maximum de mots lui correspondant ; chercher leur fonction ou utilisation, parfois leur provenance. Ce n’était pas forcément facile de retrouver leur définition lorsque nous ne savions les nommer !
En général, les mots dessinés sur la page de présentation de la lettre étaient reproduits par la suite au côté de sa définition, mais pas toujours.
Certains mots ou ustensiles me sont encore inconnus aujourd’hui. Peut-être n’existent-ils plus, ou ont-ils été remplacés, le langage évolue.
Exemple :
F, comme FORUM !
2) Définir les mots :
C’est un jeu connu des lycéens et étudiants, en tout cas dans les années 70. Il fallait avoir un dictionnaire et être au moins cinq pour s’amuser vraiment, et quelques heures de «cours ennuyeux » se sont égayées des fous rires contenus à la lecture de nos discrets petits papiers ! (hé hé les Profs !)
Nous découpions des pages blanches en morceaux identiques ; le maître du jeu (chacun son tour) trouvait un mot généralement incongru dans le dictionnaire et inscrivait sa véritable définition sur son papier, tandis que les autres inscrivaient sur le leur ce qu’ils en interprétaient, et ceci dans le plus pur « style dico ! »
Exemple :
GALIPOTER : cinq définition, à vous de choisir la bonne !
a) v.t. enduire de galipot.
b) v.t. faire des cabrioles, culbuter.
c) v.t. organiser une fête. Québec.
d) v.t. action qui consiste à ourler légèrement par pliage un jupon de tulle. (ancien)
e) v.t. (du grec, galac, lait) action qui consiste à mettre en égouttoir un fromage frais. (ancien)
Il fallait évidemment trouver la bonne définition, en ce cas nous avions cinq points, tout comme le Maître des jeux si personne n’avait choisi la sienne (authentique celle-là), et les personnes qui avaient voté pour votre définition vous en donnaient deux.
3) Le mot du hasard :
Là c’était plus simple, en ouvrant le livre au hasard, nous devions choisir un mot, puis pour chacune de ses lettres tâcher de le définir le plus rapidement possible, genre acrostiche. (Nous ne connaissions pas ce mot à l’époque.)
Exemple :
LAMPE : Lumière Apprivoisée Mais Parfois Éteinte.
…Un mot pouvait nous tenir éveillé ou en haleine durant pas mal de temps !
…Il y eut bien sûr d’autres jeux avec ce livre merveilleux, avec les suffixes, les abréviations, la phonétique etc. mais ces trois là furent nos préférés, de l’enfance à l’adolescence, et encore à présent il nous prend l’envie irrésistible de nous installer autour d’une table avec notre bon Dico actuel !
En revenant au contexte de l'époque, comment ne pas comprendre notre amour des mots à tous les trois!
S, comme SOURIRE! Et bon amusement :)
16 novembre 2006
Lettre
ouverte
Ceci
n’est pas l’histoire que j’ai écrite dernièrement, je réalise qu’il me faudra
de longs mois pour en être satisfaite. Je me suis dit que faire une grande
histoire, même avec l’immense plaisir pris, ne doit pas me faire perdre un
endroit que j’apprécie beaucoup. J’y mettrais plus de temps voilà tout.
Mais
j’ai lu tous vos commentaires, senti votre présence, et du coup, comme ce petit
postage me trottait dans la tête depuis
l’annonce de la taxe sur l’électro-ménager hier après-midi (pour cause écologique, CQFD) je m’y suis attelée
ce matin.
C’est
donc un écrit pas trop peaufiné, mais bon tant pis, je me suis lâchée et
franchement je me suis bien amusée.
Je passe
vous voir Tous et Toutes.
Le Petit
Poussah.
Fiction.
Tout le
monde trouvait Le petit Poussah, lorsqu’il était jeune, très beau.
Ses
nombreux petits ventres rebondis
tremblaient de santé et de souplesse, ses multiples yeux à facettes
étincelaient de joie la plupart du temps, sa blancheur naturelle ne se
camouflait d’aucun vêtement, ses mille et une pattes frétillaient de bonheur et
de vivacité.
Il
remplaçait en son beau pays l’ancien
Commandeur, devenu imbuvable aux yeux des Minh-Sau, personnages plus ou moins
laborieux peuplant Moh-Sem, : l’insolence des uns côtoyait depuis des générations
la misère des autres : les premiers, dans l’abondance notoire et éclatante
de mille feux, avaient saccagé au fil du
temps les maigres avantages jamais acquis par les seconds, déclassés et surtout
n’existant que pour se taire et se faire voler par manipulation intellectuelle
ou par force ce qu’ils n’avaient plus !
Petit
Poussah est à lui seul toute une série de membres…Petit-Poussah est un état…
Tous les
Minh-Sau étaient à l’image de Petit-Poussah, mais lui seul était l’Elu, par suffrage
universel : il était si gai, si réfléchi, si idéaliste que chacun le
reconnaissait pour le sauveur.
C’était
il y a longtemps…
Le Petit
Poussah, heureux et fort fier de son élection presque unanime, bon et généreux
dans l’âme, devait satisfaire la plupart des citoyens…
Et cela
se passa ainsi.
Il tenta
de réajuster les droits pour qu’assez rapidement, les plus pauvres purent disposer
de quelques jours de vacances par ci par là !
Puis ce repos
paisible devint régulier au grand plaisir de tous et de chacun.
La
conscience collective était sereine. L’avancée sociale fit un bond, précursive
d’une sécurité sociale jamais égalée auparavant.
Les Minh-Sau
évoluèrent dorénavant dans un monde plus réceptif à leurs besoins de liberté,
d’égalité et de fraternité. Car en fait les Minh-Sau (nom donné aux habitants
de Moh-Sem), bien qu’un peu rêveurs et inconscients, sujets naturellement à la
déresponsabilisation, étaient au fond de gentils citoyens, à part les malades évidemment !
(Genre tueurs, exterminateurs, etc.)
Finalement,
à cette époque, il n’y avait guère beaucoup plus de criminalité dans ce pays
que dans d’autres.
Des vols
bien sûr, des envieux et des débrouillards ; comme partout.
Des
révoltés aussi et des philosophes, des chercheurs en toutes choses, des
« anti » comme des « admirateurs…comme partout…Il faut de tout
pour faire un monde…
Bref,
une communauté habituelle, presque banale.
Le petit
Poussah, lui, avec quelques érudits de son quartier, permit l’invention de
l’école.
De quoi relier
équitablement la population avec justice. Un penseur lui avait expliqué avec raison et sagesse que si le Monde avait
en commun la même base éducationnelle et de langage, il échangerait mieux, et
plus. Et que cela serait juste et bon de permettre l’apprentissage d’une base commune
à chacun des Minh-Sau.
Il
permit donc une école universelle.
Les
décennies défilèrent, marquées par des invasions, par des maladies, des
guerres…
Cela fit
progresser la civilisation.
Les
décennies défilèrent, marquées par des réussites et des créations, en tout
genre et tout style.
Cela fit
progresser la confiance sociale et l’imagination.
Au fil
des décennies, Petit-Poussah prit conscience du rôle important de
l’enseignement.
Il
comprit que tout se moulait au travers de cette « école », qui insensiblement
repoussait la famille. Puis en y regardant de plus près, il prit conscience que
finalement cela lui rendait bien service : c’était bon d’apprendre à tous
à déchiffrer les mêmes lettres, les mêmes lois, les mêmes idées.
Ainsi
tous seraient égaux, auraient les mêmes savoirs, le même chemin de droiture et
de normalité.
Il fit
en sorte que cette école transmette l’Idéal
avec précision en lieux et en heures déterminés.
Il ne se
fatiguait plus à chercher ceux qui devaient transmettre la tendre idéologie
fraternelle et égalitaire qu’il se devait d’établir définitivement pour le
bonheur de tous.
Il
était facile de les « fabriquer » !
Et mieux encore, il était bien plus simple que les « Fabriqués »
deviennent les Fabricants de la suppléance !
C’était
moins compromettant pour lui finalement, et bien moins éreintant.
Et puis
des écoles plus formatrices, ça « en jetait « ! Il y en avait
toujours eu de tout temps, mais là c’était devenu un symbole officiel et bien
huilé de partage du savoir, et surtout, il la contrôlait.
La
spécialisation vint, nécessaire pour approfondir par la recherche des
connaissances précises, mais limitative et sclérosante si on n’y prend garde.
La marche
du « progrès » avait démarré depuis la genèse…Mais la progression
sociale et l’éveil des choix possibles scientifiques ou philosophiques se
déterminèrent de plus en plus dorénavant…
Les
décennies s’engluèrent encore dans la trame stoïque du temps, et s’inscrivirent
avec plus ou moins de bonheurs et de peines dans leur histoire.
L’école
était ouverte à presque tous.
Apprendre
devint une compétition, un acharnement à l’enseignement, un plaisir mitigé,
borné de manipulations et de couleurs institutionnelles, récompensé ou
pardonné, approuvé ou rejeté.
On vit
naître de nouvelles maladies. Il était mal vu d’être malade…on inventa des
filières…
La
magnificence et la variété de l’artisanat et du travail manuel perdirent de
leur superbe.
Rien
n’allait mal…
Mais
Gros-Poussah commençait à se fatiguer de son horizon qu’il trouvait trop
étroit.
Il voulait
améliorer beaucoup de choses sur Moh-Sem, et pouvoir se concentrer à d’autres
taches amélioratrices pour la vie quotidienne en général.
Il
voulait encore grandir.
Tiens,
les routes par exemple : ce serait plus pratique, les gens pourraient
travailler plus loin, si il y en avait de meilleures, et en plus ça
rapporterait de l’argent qui pourrait servir à encore autre chose…
Il prit
du poids.
Ses
membres étaient de plus en plus nombreux, il s’en faisait pousser de
supplémentaires un peu partout. Mais ils étaient moins performants, plus épais
et moins sensibles.
Tout un
système fut mis en place, qui donna satisfaction : les Minh-sau repérés et admis étaient si reconnaissant
d’apprendre à entrer dans une caste rutilante !
Certains
étaient bien moulés comme des brioches de pâtissiers, fiers d’être promus dans
la croûte supérieure du gâteau, on pouvait les voir arriver de loin, pâlis de
joie contenue et de suffisance. Ils prenaient conscience de leur supériorité,
de ce « PLUS » qu’ils avaient réussi à obtenir. Que n’aurait-on pas
donné pour obtenir le droit d’être un formateur, ou un informateur, ou un agent
de formation, ou un agent de déformation, ou un agent de re-formation ? Insensiblement,
mais de plus en plus ostensiblement, les
mentalités du devoir devenaient mentalités de pouvoir.
Il faut
dire que ces fonctions donnaient droit à des tas d’avantages !
Ceci
payait cela…il y eut même des médailles, des papiers notifiant les grades, des
gens très importants assermentés, bien
cloisonnés dans leur bulle, où bien évidemment, bénéfices secondaires obligent,
la majeure partie des Moh-Sem ne pouvaient rentrer sans montrer patte
blanche !
Les uns
prirent des gants…D’autres se fixèrent eux-mêmes de superbes œillères…On se conforma au pouvoir
qui s’établissait, sans vouloir ni admettre ses limites ni prendre en compte
les dangers potentiels, pour n’en désirer saisir que le bon…
Ils
inventèrent, non pas l’ostracisme, ce serait mal les re-connaître et surtout ne
pas accepter leur idéal de bonté, du reste sanctifié par des histoires
merveilleuses et épouvantables de démons, de diables, d’anges et de dieux, mais
les différences entre les classes citoyennes.
Il y en eut au moins deux, que chacun des deux forces essaya bien de re-diviser
encore pour se croire plus que l’autre dans chacune, mais basta ! Au fond
il y eut les mouleurs, et les moulés ! (Ou les rouleurs et les roulés, je ne sais plus très bien, cette histoire date
tellement !)
La
meilleure façon de faire accepter quelque chose étant, tout le monde le sait,
de faire des cadeaux, Petit Poussah, qui commençait à devenir gras et adipeux, démarra
avec succès un système de notation, ou de quotte, avec avantages acquis
officiels et officieux, connus ou camouflés, recensés ou pas.
Très peu
refusaient les cadeaux enrubannés d’entraves empoisonnées...
La
corruption était latente…
Ainsi
leurs écoles se transformèrent en en institut de repérage, puis de filtrage et de
moulage. La grande machine était prête à
sauver le monde, l’uniformisation des protecteurs de a nation était elle aussi bien
alignée…
Par ailleurs,
le système devait poursuivre son ascension. Le célèbre adage prit ici toute son
ampleur, vous savez, celui qui dit un truc du genre : « c’est dans la
régularité et le suivi que se construisent les choses les plus résistantes au
temps et aux chocs » ?
La
troupe des Minh-Sau-Du-Dessus devait être bien protégée pour pouvoir « oeuvrer
au bien-être » des Minh-Sau-Du-Dessous, (et du sien évidemment !
sinon comment travailler ??!!)
Ils
inventèrent la « délocalisation », pour parfaire leur base
géoéconomique et leur logistique.
La caste
des Minh-Sau-Du-Dessus pensait qu’elle
se donnait beaucoup de mal, voyait son pouvoir se perpétrer sans trop
d’histoires, enfin à part quelques rebellions et révoltes émergeant par ci par
là, des envieux quoi ! Des « qui voulaient plus », au moins autant qu’Eux !
Nan
Mé ! Pis quoi encore ?
J’aime
autant vous dire que la pensée citoyenne tout à fait normale laissait tout de
même entendre que si les autres n’étaient pas contents, ce n’était que des
Ingrats et des Ignares !
Les
punitions arrivèrent, les bannissements, les surveillances, et provoquèrent les
regards pleins d’acuité, acérés et pertinents, intuitifs ou abasourdis.
Puis les
traces/réponses vinrent :
Celles
des poètes et des rêveurs, naïves, touchantes et pleines de mystères.
Celles
des artistes et philosophes, sentimentales, techniques ou piquantes.
Celles
des non conventionnels et des non conventionnés, faussement étatisées et
souvent temporaires,
Celles
des chroniqueurs et journalistes non conquis, plein de verve et de mots clefs,
Celles des
amoureux de la liberté et des hippies, fraîches et anarchistes,
Celles des ethnologues et des historiens, sagement
répertoriées dans les carnets bibliophiles,
Celles
des écologiques et des agriculteurs naturalistes, qui les griffaient aux creux
de leurs sillons…
Qui
rétorquèrent tous à leur manière.
L’évasion
des pensées prenait des allures dansées ou sculptées, les couleurs créaient des
fresques et des phrases, la terre suintait de boue, le rouge devenait noir.
Un
« état » bizarre s’installa.
Les
esprits libres le devinrent ou le restèrent sans clarté…
De
grandes et belles vérités étaient occultées…
Il fallu
chercher – et trouver- de quoi refreiner, voir interdire ces « non-conformes », ces « anti-sociaux », ou du moins les faire passer avec
condescendance pour des fous ou des illuminés. Mais sans trop de violence
flagrante de la part des protecteurs, l’époque ne l’acceptant plus.
Il
fallait nier leur importance …
Gros
Poussah était néanmoins heureux de pouvoir expliquer à tous les Minh-Sau que le
savoir devenait universel et que c’était un bienfait.
Devant
cette raison si forte, si bonne, si honorable, si empreinte de noblesse d’âme
et de réalité simple, beaucoup de Minh-Sau n’osaient critiquer davantage le
système. Ils restaient humblement en dehors de toutes polémiques.
Gros
Poussah bien sûr camouflait de plus en plus son confort, le confort de ses
membres, et le tri féroce mais subtil qu’ils opéraient sur son ordre. Il
devenait géant, ramifié dans toutes les cases des citoyens (oui les
cases ! petites ou grandes !) bref il était omniprésent, il devenait
gras et très gros, il était répugnant…Des tonnes de pustules vicieux bavaient
et teintaient de fétidité ses moindres agissements…
Mais il
fallait trouver à monnayer tout cela et les taxes ne suffisaient plus !
Vous
comprenez, cela lui coûtait si cher de faire son devoir ! Son immense
salaire ne suffisait pas : il fallait absolument chercher à faire durer ce
contrôle, pour préserver sa caste.
Ses
obligations, réelles ou fictives, son besoin grandissant d’être reconnu pour
l’être suprême de sa nation, son besoin d’amour remplacé par un besoin de
pouvoir instrumentalisé renforcé par une envie assouvie et légitimée de
contrôle impitoyable sur tous, finit de le transformer.
Il
devint gris et terne, ses ventres rebondissaient en postillonnant ses humeurs
cachées sous ses sourires méprisants.
Le
confort et sa puissance avaient bâti perfidement son arthrose dans ses membres
sclérosés.
Il était
laid, distant, manipulateur. Il devenait craintif à son insu, et obséquieux.
Il
devait voyager (pour mieux poser les jalons éternels à l’installation du futur
des Minh-Sau-Du-Dessus) il devait se parer, tels les anciens Rois ou Empereurs
si décriés, de faste et de fausse adoration dont il s’entourait de plus en plus,
et qui l’accompagnaient partout . (Oh ! je vous vois venir, vous pensez
que c’est de la poudre aux yeux ! mais non ! le faste est
indispensable « aux plus petits » qui n’osent ainsi pas s’aventurer
sur des chemins qui leur sont, par dictat, interdits ! Car ils pensent : ce n’est pas pour nous
cela ; et le fait de le dire tristement est une acceptation…Au moins une
soumission subie avec malaise…)
Gros-poussah
sentait confusément que ses prestations étaient inductrices d’évasion et de
rêve.
Il leur
offrait du mirifique pour les aveugler.
Le
décorum s’amplifiait, s’amalgamait à un décor de cirque, il y perçut presque
immédiatement le désir enfoui des pauvres gens, et en conçut ensuite tout naturellement une nouvelle
idée de collecte.
Il sut
avec intelligence détourner cette énergie et ce besoin et créa les Jeux Payants.
Gros-Poussah
vit que cela était bon, et en
garantit la continuité en jalonnant cette piste de balises ancrées indestructiblement.
Il
s’empiffra un peu plus…
Dès
lors, il fut subjugué par lui-même et sa facilité de conduire les autres.
Ils se
crut talentueux, et sans doute l’était-il à sa manière. Son Programme étant
bon, il devait acquérir des Minh-Sau-Du-Dessous de quoi installer
définitivement les Minh-Sau-Du-Dessus, pour parfaire leur tranquillité et leur
postérité.
De quoi figer les deux troupeaux dans des
mélasses différentes… De quoi subvenir à tous les besoins, indispensables ou
non…
Ceux des
Dessous et ceux des Dessus.
Gros-Poussah
créa un métier, fonctionnant au vu et au su de tous, mais avec de très
importants « sous-métiers » dissimulés. (Pour ce faire, je ne sais
plus ce qu’il invoqua, mais ce devait être un truc du genre sécurité, ou
recherche sociale, enfin une justification quelconque)
Il
fallait trouver avec art et intelligence une façon de ramasser cet argent devenu monnaie essentielle et principale.
Il fallait que les Minh-Sau-Du-Dessous acceptent sans révolution d’être
ponctionné.
On en
appela encore au devoir de citoyenneté, d’élargissement culturel et géographique, à la philanthropie.
La
manière consista dans cette période faste à faire resurgir de vieux pardons, de
vieilles histoires, à les médiatiser
(les moyens de communiquer avaient beaucoup progressé) dans le but de faire
oublier un peu la dure réalité de la régression du niveau de vie des moins nantis
et de transférer sur eux leur culpabilité tangible et ubiquitaire…
Il y eut
des fêtes sublimes, des reconnaissances indispensables, des souvenirs
douloureux avoués, des choses fort importantes mais peut être auraient elles
dues surgir sainement plus tôt, et surtout autrement, ou bien n’avoir jamais
été.
Enfin
les fautes actuelles furent dissimulées et calfeutrées traîtreusement derrière
les fautes du passé.
La
fourberie sournoise n’occasionnait aucune honte à Gros-Poussah et à ses
membres, tellement l’enjeu qu’ils
s’étaient fixés était plus important à leur yeux formidablement enrichis de milliers
de facettes…
Depuis plusieurs
années, les Minh-Sau-Du-Dessous laissaient filer, confortablement installés
dans une habitude et une routine encore plaisantes…
Ces
derniers avaient été suçotés régulièrement de mille manières, légales ou justifiées,
plus ou moins camouflées par des motifs considérés avec probité et faisant
appel à la logique positive ou à la sensibilité des citoyens.
Bien
sur, ils essayaient de réagir en attaquant les escroqueries, mais le peuple
n’avait pas le droit de penser que les « Grands » pouvaient détourner
l’argent pour d’autres buts que ceux annoncés.
Le
peuple ne pensait pas forcément, dans sa grande déresponsabilisation, à
calculer les petites mais nombreuses sommes individuelles, qui, ajoutées les
unes aux autres, formaient des fortunes colossales. La crainte d’être catalogué
« subversif » les clouait aussi.
Ils
étaient pourtant en droit de se demander ce qu’elles devenaient, si les
organismes auxquelles elles étaient dévolues les recevaient effectivement dans leur intégralité. Mais il sentaient que les comptes avaient été prudemment et méthodiquement multipliés, divisés, et qu'il était probablement invraisemblables d'oser en obtenir le détail.
Le
peuple se terrait, voulant à tout prix préserver ce qu’il lui restait
d’indépendance et de tranquillité, voulant espérer encore et même de plus en
plus une amélioration à l’ambiance
traditionnelle.
Le pays
était riche. L’or et l’argent étaient canalisés dans d’autres coffrets que les
leurs…
L’autarcie
et le système D revinrent à la mode…
L’argent
pris dans les bas de laine a ses limites. Ce fut le temps du règne des vases
communicants.
Les
investissements s’adaptèrent, les gros mangèrent en toute impunité les petits,
le siècle illumina d’immenses reflets les nuits désormais irrémédiablement domestiquées
et asservies…les éclairages étaient strictement balisés, mais innombrables.
Les
zones d’Ombres le restaient, striant comme un mirage les routes désertées des
poussières…
On
innova des vacances moins coûteuses, par exemple les déplacements concertés
entre les familles fleurirent. Elle échangeaient entre elles temporairement
leurs habitations, visitaient et découvraient de nouveaux lieux, et savaient
leurs maisons bien gardées.
Il y eut
davantage de jardins. Ce fut également
« repéré » et exploité.
Les
besoins grandirent, dans les « grandes surfaces promotionneuses » et
aux travers des gestes avisés des consommateurs.
Des
choses du genre quoi ! On a du mal à s’imaginer exactement quoi, nous qui
vivons différemment !
Gros-Poussah
établit dans Son gouvernement, (qui dans l’idéal aurait dû être ou rester pour
tous et LE gouvernement), des emplois
réservés uniquement aux
Minh-Sau-Du-Dessus pour repérer et introduire dans leurs données comptables les
moindres sous que les pauvres Minh-Sau-Du-Dessous pourraient encore se séparer
sans trop en prendre ombrage, ou sans crier à l’injustice ! Des tas de
raisons raisonnables furent démontrées, de la protection des citoyens à
l’altruisme, de la sûreté de l’état à l‘importance des projets louables auxquels il fallait participer
obligatoirement sous peine d’emprisonnement.
Les
Minh-Sau-Du-Dessous se mirent au travail
résolument, il fallait sauver le monde et l’instaurer durablement, le préserver
et amasser, projeter l’avenir et amasser, amarrer fermement le grand vaisseau
mère et amasser, et puis amasser encore
de quoi fournir la quête et la requête des amassages futurs projetés.
Avec
opportunisme, Gros-Poussah profita de l’évolution technique pour mieux s’asseoir
dans le super fauteuil bien rembourré qu’il s’était octroyé.
Des
tonnes de pustules vicieuses pointèrent sur les bidons ventrus de Gros-Poussah
et se mirent à baver et teinter de fétidité ses moindres mouvements…
Une
bonne partie de l’élite administrative se réunit et créa un ministère destiné à
travailler exclusivement sur cette idée. Ce qu’ils firent de bon cœur.
Ils
découvrirent tranquillement des méthodes de succion, sans se déconcentrer, froids
et sereins, et établirent de quoi
protéger leur caste présente et à venir. Ils organisèrent au mieux de leurs
intérêts le contrôle qui découlait de cette forme de gérance et assurèrent leur
domination financière et culturelle.
Ils
assurèrent leur fonction de Préleveur.
Ils
assurèrent leur métier de Prédateur.
Et ils
en trouvèrent des manières de récolter l’argent ! Ils en trouvèrent tant
qu’il est impossible de les décrire toutes ! Certaines ne marchèrent pas
et ils étudièrent pourquoi ; certaines fonctionnèrent un temps et c’était
toujours ça de gagné ; d’autres enfin marchent encore aujourd’hui.
Finalement,
c’était culotté, mais simple.
Il
suffisait d’inventer des punitions payantes légitimées, pas assez fortes pour
les faire mourir (il serait difficile de leur demander quoi que ce soit
après !) mais suffisamment culpabilisantes pour qu’ils ne s’en vantent
pas. (Il ne valait mieux pas qu’ils en
causent trop ensembles, cela aurait pu donner des idées contrariantes ;
ils n’étaient du reste pas programmés
pour penser à ces concepts.)
…Ou
alors de profiter de leur gentillesse fondamentale et/ou faire appel à leur
indubitable logique altruiste à donner spontanément pour ce qui leur paraissait
être une cause juste.
…Ou de
transformer des besoins indispensables en luxe, ou……. le contraire !
…Ou
d’inventer un produit payant, obligatoire pour vivre, en remplacement d’un
gratuit. (Ce qui fut fort aisé avec la nouvelle mode écologique)
.
De
simples formalités en somme !
…Non
Gros-poussah n’exploitait ni ne profitait : il faisait marcher son pays !) C’était un honnête citoyen, avec
plein de pattes, enfin des membres, qui l’épaulaient et l’aidaient à offrir le
bonheur à tous…
Et si
vous doutez de la bonne franchise et de la bonne foi de Gros-Poussah et de ses
membres, il n’y a qu’à voir leurs programmes ! Par exemple, Tout le monde savait qu’ils versaient de
l’argent pour les Dessous pour qu’ils étudient eux aussi ! Et qu’ils se
logent à pas cher !
Leur
magnanimité ne faisait aucun doute !
Bon bien
sur, c’était plutôt minuscule, parfois précaire et souvent vétuste, les cases n’étaient
pas forcement ouvertes quand les universités l’étaient, ce qui occasionnaient
des frais immenses aux familles durant les quelques semaines précédent leur
ouverture…
Bien
sur, les communications étaient taxées indirectement par divers moyens, (ce qui
remboursait un peu) mais bon… si en plus les Minh-Sau-Du-Dessous-Qui-Etudiaient
devaient avoir le confort ! Faut pas charrier ! On peut étudier à
l’année sans douche, avec une cuisine collective munie d’un feu et d’un évier,
des toilettes collectives ou non, de tout cela on n’en meurt pas et ça prouve
leur courage et leur motivation.
Les
Mihn-Sau-Du-Dessus n’avaient pas à démontrer ce courage ni cette motivation,
qui leur était automatiquement accordés à la naissance.
Ils
étaient logés à une autre enseigne, vu que leurs moyens étaient plus
conséquents. Ce qui étaient vraiment normal : leurs ascendants étaient
trempés depuis bien des pères et des mères dans cette eau là ! C’était
d’après eux une reconnaissance équitable et fondée de tout ce qui avait
précédé. Leur mémoire, riche et puissante des acquis faussement génétiques, les
rehaussait automatiquement dès leur naissance.
Une des
inventions des Minh-Sau-Du-Dessus était de faire payer plus cher le mode de
communication de sa jeunesse, qui souvent sans domicile fixe et régulier, payait
plein pot ses correspondances satellitaires.
Il
n’était du reste pas rare de voir une grande ville entièrement équipée de tout ce qu’il fallait
à ce niveau, mais avec son université excentrée
et donc privée de ce fourniment. La jeunesse, cible vivace et remuante, devait
s’arranger avec les circuits officiels raccordés et onéreux.
Leurs
appareils portables rapportaient gros !
Je dois
dire que la jeunesse se défendait bien. Elle inventa les messages réduits, (ce
qui détrônait pas mal le concept littéraire des érudits), les réseaux parallèles,
et sans doute d’autres choses encore.
Elle
était tour à tour calme ou violente, mais savait toujours répondre, hélas
parfois dramatiquement, à Gros-Poussah qui voulait l’enclaver irrémédiablement
et définitivement dans le silence.
La
jeunesse fut muselée, puis libérée momentanément dans le but estimable
d’instaurer un dialogue constructif entre les deux castes. Ce fut une période
difficile et fatigante, ou chacun comprit l’inutilité de la démarche :
l’incompréhension mutuelle seulement fut admise avec consternation.
Il y
avait trop longtemps que Gros-Poussah avait refermé ses sens…
Gros-poussah
et ses membres n’avaient plus aucun prestige.
Ils
commirent l’erreur de détester leur jeunesse, de la mépriser, parfois même de la
vilipender subrepticement.
Un pays qui rejette ses forces vives et sa descendance s'interdit son avenir...
On avait
beau la médire, on avait beau la descendre, elle était courageuse et beaucoup plus
débrouillarde que bien des vieilles barbes, mâles ou femelles, du peuple de Moh-Sem !
Son
imagination et sa créativité, son sens de l’amour et la vivacité de son sang la
poussaient à exister coûte que coûte.
La force
de la jeunesse…
Elle
s’initia rapidement et sans effort aux derniers modes de communication avec
intérêt.
Elle
était muselée.
Elle sut
se faire entendre en écrivant.
Alors
que dans le même temps la compétition s’élargissait à d’autres pays, un Vent
d’Expression dépassa bien plus que prévu les frontières étriquées de Moh-Sem.
La
communauté des ondes était née.
…Il
fallait plus d’argent.
On
trouva d’autres prétextes posés sur des
taxes plus directes.
Par
exemple le coup de la taxe supplémentaire sur les dispositifs mécaniques
employés fréquemment.
Leur
Nature était en danger ; c’était un fait certain.
Depuis
pas mal d’années déjà, les « membres » savaient utiliser le bagout ou
la prise de conscience profonde des citoyens pour détourner à leur profit leur
honnêteté de terriens.
Cela
était estimé avec sérieux, analysé, décortiqué, et cette étude était
constamment présente et actualisée, le contrôle sur les situations produites
étaient ainsi assuré la plupart du temps. La sortie des nouveaux édits
correspondait en général à une époque propice à son acceptation, soit que la
mode s’y prêtait, soit qu’un évènement plus spectaculaire était mis en train.
Une
pierre deux coups : capter la bonne conscience des Dessous qui pourront
ainsi se dire qu’ils participent sans trop d’efforts personnels pour que tout
aille mieux…et intercepter pas mal de monnaie pour les Dessus.
Cette
taxe décorant les machines utilisées journellement était une belle
trouvaille : elle prétendait rembourser les frais de destruction de ces
mêmes machines mortes, donc devenues pollueuses.
Cela
déchargeait véritablement à haute échelle le devoir de prise en charge de ce
genre de bagatelle que les Minh-Sau-Du-Dessus avaient affirmé pouvoir s’occuper avec l’argent de tous les
Minh-Sau., pour le bien-être de tous.
Ils
durcissaient leurs membres, et affirmaient ardemment leur supériorité.
Il faut
admettre que leur travail devenait ardu : obligés de penser, de lutter
même contre ceux « qui ne savaient pas tout », et il leur fallait
encore prendre le temps de peaufiner une mise en valeur personnelle !
Et puis
rituellement, à époques régulières, ils avaient des sortes de concours
/show-biz genre « grande première », répétitifs et assourdissants, qui demandaient pas mal de
préparations !
C’était assez amusant de les voir, semble t-il, ils étaient
heureux car ils faisaient salle comble dans le grand théâtre social, mais ils étaient aussi préoccupés. Ils
voulaient tous la première place au sein de Gros-poussah.
Ils étaient
ridicules ou admirables, phraseurs ou sentencieux, touchants ou affairés, mais
tous avaient la foi. La bonne. La leur.
…Oui, un
bien agréable spectacle empreint d’amertumes et ou de joies, à examiner une
fois de temps en temps, tout en vaquant
aux occupations journalières, et sans les préoccupations personnelles…
Cette
superproduction était indispensable à leur survie, et bien sur, ils avaient le
devoir de montrer aux autres la
Voix
Les
Minh-Sau étaient ingénieux et ils avaient inventé avec succès, entre
autres, la vitesse, mais n’avaient pas
le droit de la pratiquer. Faut dire que certains (et pas mal !)
avaient « exabusé » avec
ça ! Ils avaient sans doute eu envie d’arriver les premiers, ou bien de
gagner du temps pour être plus rapidement chez eux…ou alors dans les cas très
excessifs, c’était des vrais malades !
Au
départ, des protecteurs uniformisés et assermentés surveillaient les écarts,
mais les dernières nouvelles transmises de Moh-Sem ces dernières années parlent
de machines remplaçant les Surveilleurs de vitesse.
Mon
correspondant n’a pas pu me dire si les machines dateuses ou flacheuses étaient
taxées. (Il n’a pas eu le temps de m’en informer, je pense qu’il a été accusé de dissidence et
a dû s’éloigner rapidement de la petite cabine spatio-temporelle que nous
avions instauré.)
Qu’en
vouloir à une machine ? Le système de réclamation était si bien fait, que
réclamer équivalait à payer l’amende par les frais que cela occasionnait !
Et comme
cela ne suffisait plus, et que les
machines placées dans des endroits stratégiques commençaient à être connues, il
fallu ruser davantage.
Mais c’est
bien, c’est normal, car voyez-vous c’est très vilain de dépasser la vitesse
prescrite, cela peut tuer, c’est très grave.
Il
fallut trouver des arrangements.
Par
exemple planter une machine anti-excès de vitesse juste après une longue bande
blanche sur une route à deux voix, qui donnait la permission de dépasser sur
une toute petite longueur juste avant d’une autre limitation.
Les gens
qui ne pouvaient doubler les gros véhicules lents durant longtemps pouvaient
les dépasser juste là, et du coup avec l’élan, ils dépassaient forcement de quelques
km la vitesse permise. (Vous vous rendez compte ? Heureusement les
machines photographiaient tout !)
Ou,
alors placer la machine à la sortie d’une grrrrrrrrrrrrrrrande route amenant
à une toute petite! Là il faut impérativement passer d’une bonne vitesse à une
très petite ! Mais il n’y pas assez de longueur !
Enfin
des endroits stratégiques bien déterminés, quoi, et qui, sous couvert de
protection des citoyens, rapportaient gros ! (Mais à qui ?)
Là, les
Minh-Sau-Du-dessous commencèrent à noter savamment et discrètement les
incongruités et les machines placées « litigieusement » ; ils
notèrent également que certains endroits très dangereux n’étaient pas limités
ni protégés ; ils remarquèrent entre eux aussi que les carrefours les plus
mortels restaient depuis des décennies, malgré leurs demandes, sans
améliorations tangibles et efficaces ni changements. Certains d’entre eux
consignèrent les observations. Ils commencèrent à se demander à quoi servait
l’argent des amendes.
Ou à
qui.
Parallèlement,
les diplômes routiers furent plus malaisés à obtenir.
C’était
limite. Des gigantesques succursales pansues et trop nourries engloutirent avec
goinfresse et légalement pas mal de bénéfices au passage.
Il y eut
quelques actions, quelques réactions.
La
jeunesse protesta à sa manière : elle refusa de payer les permis de rouler
officiels.
Gros-Poussah
avait été inconsidérément trop loin. Son rôle de prédateur était trop perceptible.
Il se
reprit, fit marche arrière. Il confia et délégua à quelques uns de ses membres les plus avertis la mission
de réfléchir et d’étudier ce qui était encore
admissible ou pas par les Minh-Sau-Du-Dessous.
Certains
d’entre eux ont alors osé penser que Gros-Poussah était vraiment pourri de
perversité ! Mais bien sûr, il ne faut pas écouter les mauvaises
pensées : Gros-pousah n’a jamais voulu que le bien de la communauté, il a
dû faire réfléchir beaucoup et impitoyablement ses membres pour trouver des moyens de faire
évoluer les choses et qu’elles restent fixées avec assurance pour l’avenir.
Cette
étude lui mangeait beaucoup de temps, d’énergie et de moyens.
Gros-Poussah ne pouvait rien faire sans ses membres (ce
qui entre nous l’obligeait à récupérer encore des sous chez les Minh-Sau-Du-Dessous pour se les
attacher et les dédommager ; tout s’achète. Il fallait les différencier du
reste du peuple et les payer bien tout en leur garantissant un avenir certain
et agréable.
Vous
voyez que Gros-Poussah était quand même astreint à des vicissitudes inimaginables
pour le commun des Minh-Sau. Je ne crois pas que tout le monde puisse subir une
telle pression sans dépression !
Il faut
un long apprentissage reposant sur toute une lignée de générations pour
supporter cela !
Les Mal
Pensants constataient, circonspects ou mesurés, vindicatifs ou teigneux, que Gros-Poussah et ses membres prenait les
Minh-Sau-Du-Dessous pour des Abrutis. Il faut dire qu’on n’entendait pas trop
les Abrutis en question…même s’ils hurlaient.
Et cela
marchait, car dès qu’une supercherie était découverte (pas une escroquerie, non.
Ce mot était interdit d’emploi pour les Minh-Sau-Du-Dessus, il y avait
impunité), ceux-ci en fabriquaient une autre durant tout le temps que la
polémique avait le bonheur d’occuper les foules.
Il y
avait le sport médiatisé, devenu drogue ambulante avec le temps.
Certaines
histoires, truculentes ou crapuleuses, étaient programmées, quelques
Minh-Sau-Du-Dessus étaient sacrifiés, il fallait relâcher un peu de temps à
autre le gant de fer pour laisser l’armure libre de s’exprimer et œuvrer.
Et puis
bien protégés dans leur bulle pour eux-mêmes et toutes leur descendance à venir,
les deux castes ne se comprenaient plus.
Gros-poussah
et ses membres était devenus dégouttants, répugnants, isolés, mais c’était les
plus forts. Dans cette actualité en tout cas. Les barbelés qu’ils avaient mis
en place, bien limés aux extrémités, ne pouvaient blesser ouvertement.
Leur
système de contrôle était devenu ramifié à l’extrême, il débordait dans les
gens et sur toutes les prairies, sur toutes les âmes et dans tous les corps…les
coeurs des gens étaient devenus méfiants, peureux, atterrés parfois.
Les uns
en étaient dépendants pour emprisonner les autres…
Tous en
étaient malades.
Surtout Gros-Poussah
qui se culpabilisait sur le fond de ces erreurs passées, et ne savait comment
se dépatouiller de son présent, bafoué et amputé des vraies notions de valeurs
et de richesses.
Ainsi
beaucoup de Minh-Sau-Du-Dessous voyaient-ils leur avenir, ornés de chiffres, se
grisailler…
Moins
d’arbres… (Mais beaucoup de papiers, à s’y perdre)
Moins de
temps libre…
Moins de
cet argent si pratique hélas !
La
routine, faite d’un quotidien blessé et rogné de spiritualité.
L’implacable
méfiance des autres, la peur
Ainsi
beaucoup de Minh-Sau-Du-Dessus, vêtus de chiffres, étaient- ils devenus
gravement autistes…
Leur
environnement était d’or, mais leur spiritualité dormait…
Craintes...la
méfiance, la compétition…
Peur des
autres, peur de perdre sa place, peur de perdre le contrôle.
Course,
vitesse, rapidité…
La
routine, faite d’extras.
C’était de
la folie…
C’est
leur folie…
En plus
subtiles, en plus industrialisées, en
plus mécanisées, en plus intellectualisées, en plus codées.
Finalement,
les Minh-Sau étaient restés les mêmes.
Leur
idéalisme s’était envolé dans l’angoisse du rebondissement de l’histoire…
Ils
plaidaient non coupables, mais l’étaient encore plus que s’ils avaient tué.
Car ils
se tuaient Eux. Et tuaient leur Planète.
Les du
Dessous comme ceux du Dessus. Les uns ne pouvaient vivre sans les autres. La
barrière était palpable, elle était probablement située bien plus fort autour d’eux
tous, les cernant et les emprisonnant, qu’entre eux.
Une
entrave les ceignait et les saignait, inexorablement.
Mais la
conscience collective, sans saison, silencieusement avançait à pas nullement
feutrés.
La planète criait...
SSSoSSS…sssOsss …SSSoSSS
Je ne
sais pas la fin de cette histoire, j’ignore même comment est à présent celui
qui fut Petit-Poussah, devenu Gros-Poussah.
J’imagine
qu’il doit être trop ventripotent pour se remettre sévèrement en cause, si
effaré au fond de ce qu’est sa vie, si divergente de l’espoir, depuis des
générations de Gros-Poussah, et puis je
pense finalement que cette histoire est plutôt un conte, tellement cela parait
stupide. Comment tout un peuple pourrait-il en arriver là ?
Il
parait qu’il faudra attendre quelques décennies pour savoir la suite. Peut-être
même un siècle !
J’attends
donc un coup de fil d’un moment à l’autre ; enfin d’une année à l’autre.
Mais aux dernières nouvelles, beaucoup de Minh-Sau des deux groupes
s’expatriaient de plus en plus.
La
petite cabine aménagée entre nos deux Mondes a-t-elle résisté encore et toujours à l’envahisseur ?*
L’avenir
radieux serait-il réservé aux Nomades ?
- clin d’œil à Gosciny et Uderzo
Et puis,
je suis si contente d’être en France ! C’est si beau
une République.
Ce doit
être terrible de vivre dans un pays comme le Moh-Sem ! J’aurais drôlement
honte de faire partie de ça !
Sans
réagir, sans rien en dire, avec pour tout filigrane la pensée égoïste et la
débilité sordide et recherchée de dissimuler ce que j’en pense !
En fait,
je suis simplement fière de la force et de la puissance de la jeunesse, heureuse
de remarquer quelques unes des vraies lumières,
actuelles ou passées, qui travaillent dans l’ombre, au clair de la planète ou
d’un pays, au meilleur être de tous.
Je suis
heureuse de vous connaître, tout simplement, et de partager mes
questionnements, mes visions, mes peines et mes détresses, mes joies et mes
plaisirs, des petits morceaux de mon pays, et surtout mon amitié.
Sourire
à tous et à toutes, mais surtout, surtout, sourire à tous mes Liens de
Canalblog et mes Amis.
feuilllle, Vexin Normand, le 16 novembre 2006
Texte
protégé
15 août 2006
Nuances Variées
On aime toutes les fleurs en général et chacune d’elle en particulier…
On peut dire :
«- J’aime la Rose pour ses teintes, la Violette pour son odeur, le Lupin pour
sa hauteur, le liseron pour son étreinte...
Mais on peut aussi reprocher à la Rose de piquer, à la Violette de se cacher, au
Lupin d’être élevé, au Liseron d'etouffer... »
C'est pourquoi...
Sourire fleuri à tous, toutes.
06 août 2006
réponse à une question posée
...En réponse à une question posée... en fait ce n'est pas une réponse mais juste mon idée de la chose.
sourire
LE
TESTAMENT PHILOSOPHIQUE
Un
testament est en sa définition un acte révocable jusqu’au décès de son
auteur par lequel celui-ci dispose de tous ses biens qu’il laissera en
mourrant.
La philosophie
est désignée comme étant l’étude des principes et des causes. ( !)
(Définitions
dictionnaire … me demande pas de définir les définitions !!! rire).
Assembler
ces deux mots est possible puisque je leur trouve un point commun : ils ont
tous les deux des menées au-delà de la mort.
Le
fait de transmission à autrui de biens, d’idées ou de concepts nous oblige à
concevoir le testament comme étant un héritage tangible et privilégié à une
personne ou à un groupe de gens (« un don»), mais également comme
étant une manière de se faire vivre bien au-delà de la mort.
La
mort fait perdre tout. Mais la passation des acquis ou des idées laisse un
trace tangible de ce qui a été, et leur donne une existence immortelle. Ce doit
être rassurant de savoir que la vie est encore en soi sans que le corps y soit.
Le
legs est une façon et une leçon de survivance et d’emprise sur
l’inéluctable mort : elle qui doit être comprise comme étant la fin totale
et inexorable d’une existence (humaine ou non)*, redevient «agissante » puisque l’auteur a une possibilité
de démarche sur la vie dans l’avenir de ce qui vient de lui (objets ou idées)
par l’intermédiaire d’autres personnes.
C’est
un paradoxe que d’avoir la possibilité, la volonté ou la puissance d’agir
au-delà de la mort car ce qui n’existe plus ne peut en principe pas avoir une
action dans le monde vivant.
Le
testament continue et contribue à faire exister le Mort. C’est une prévision de
sa fin et une forme de contrôle de sa part dans sa vie ultérieure, enfin de ce qu’il en croit, et un refus de sa
disparition. C’est aussi un espoir de sa continuité.
Par le
relais officialisé, le Mort se projette dans ce futur qui lui devient
accessible, et le fait survivre dans le
présent des autres en agissant comme un témoin.
Un
écrit officiel (acte notarié) qui transmet un désir ou un bien matériel donne un
avenir à l’héritage part les consignes données. Le légataire en devient le protecteur
.De plus, la succession étant déterminée officiellement et juridiquement, elle
est reconnue et acceptée aux yeux des autres membres de la société. L’existence
de ce qui est mort devient une réalité.
Si
dans le testament il est spécifié que tout un groupe de gens doivent prendre cet héritage en charge, il est sensé
d’imaginer que chacun aura à cœur de faire évoluer les biens ou les idées le
plus positivement possible. Dans ce cas le testament sera continuellement
« travaillé » avec l’apport des connaissances scientifiques,
spirituelles et intellectuelles que les participants voudront bien lui donner.
La mémoire des données transmises sera évolutive et je pense que là, la notion
de testament philosophique peut être envisagée.(si j’ai bien compris)
L’existence d’une entreprise peut ainsi perdurer pendant des années, voire des
siècles*…
Un
testament philosophique induit une idée de
sagesse, de mouvement intellectuel et réfléchi, voire d’art ; le mot
mouvement va bien à cette expression car cela image l’évolution, le
développement et la ramification possibles de ce que le testament contient.
Cela
signifie à mes yeux une forme constructive de faire et de continuer ce qui a
été entrepris, et cela au présent dans l’idée du respect du passé, pour mieux
construire l’avenir.
Pour
faire et continuer, il faut avoir une réflexion personnelle ou commune pour
arriver à évoluer. (Un maçon réfléchit aussi avec ses mains, un
philosophe tient sa plume aussi avec son cerveau.)
Le
philosophe travaille une science, au même titre qu’un travailleur bâtisseur de
cathédrales travaille la sienne. (Didier je ne sais pas si c’est juste ce que
je dis mais je le crois.)
Un
travail ou une science, et son idéalisme, exige un total investissement de
toute sa personne (âme cerveau et corps) pour participer à l’exploiter au mieux
et le faire durer dans l’optique initiale ; au-delà du temps. (Au moins durant
l’action.)
Il est
raisonnable de penser que les changements et adaptations des manières, méthodes
ou méthodologies doivent être acceptables et acceptées, c’est-à-dire se
moderniser si besoin est, selon les périodes. Mais la trame conductrice et
initiale doit être respectée. (Déontologie)
Les
outils évoluent, les idées s’adaptent mais le but reste le même*.
L’éthique
doit guider tout mouvement provenant d’un testament philosophique ; le
groupe ou la personne choisie pour en être dépositaire (s) en est (ou en
sont) le(s) représentant(s) et la mémoire,
mais surtout le(s) garant(s).
Le
fait d’y participer doit dénoter un désir des personnes sollicitées et devient
alors un enrichissement permanent pour tous en général et chacun en
particulier.
Un
testament philosophique est comme un grand monument : la signature d’un
humain ou d’un groupe d’humains d’une époque, d’un lieu ou d’un contenu.
*car cela est valable aussi pour un corps de métiers, une association, un organisme, etc.….
sourires à tous en passant
feuilllle
26 juillet 2006
Ph'Autos
Dimanche, Forges-les-Eaux*
Du lac semble pousser d’étranges fleurs, noires pour la plupart…
Une collection de vieilles automobiles a rendez-vous sur ses bords habituellement interdits à toute machine roulante.
Les carrosseries reluisent sous les coups de chiffon affectueux de leurs propriétaires, dont les yeux scintillent presque autant que les calandres.
Les vieux arbres cernant l’eau calme frôlent les véhicules, garés sur le tapis herbu comme des bijoux exposés sur du velours.
Un groupe de musiciens anime gaillardement par moments le parvis du casino, situé face au lac, (jazz des années trente et musique country), les boîtes à pique-niques s’étalent un peu partout, les amoureux des anciennes voitures, toutes en état de marche, discutent, comparent, envient, s’enorgueillissent, sourient : c’est leur fête, avec les petits drapeaux, un soleil qui reflète ses flashs durement sur les chromes et les caisses lustrées, une foule respectueuse qui prend le temps de s’instruire, des petits enfants ébahis, des ballons et des bonbons…
De temps à autre, un endroit de la foire explose du bruit des antiques moteurs à vapeur…
Même le souffle du vent dans les feuillages dissimule son haleine … le lac ne doit plus s’y reconnaître ! Sourire…
*Chaque week-end, une manifestation dans cette ville, riante de fleurs et de ramages.
La semaine prochaine, le cheval sera à l’honneur, et bien sûr, le soir, un feu d’artifices.
P.S : je ne crois pas avoir vu ce magnifique papillon jaune orangé bordé de blanc dans vos blogs. Il me reste malheureusement encore inaccessible, car il se pose très peu et s’envole rapidement si c’est le cas. Il est très vif et adore voleter (en zigzaguant comme il se doit pour un membre de son espèce !) par-dessus les champs de luzerne. Sa taille est légèrement plus grande que celle des « Citrons », il est diurne et …ne se laisse pas approcher ! Lui tirer le portrait devra nécessiter des heures d’affût je le crains !
Mais je ne perds pas espoir de vous le présenter un jour…
feuilllle
09 juillet 2006
Les Orques
L’autre jour, bien occupée à réparer (mal) une babiole, je
regardais vaguement un documentaire sur les Orques. Ces grands cétacés appelés
aussi épaulards sont les plus grands dauphins de la terre. Ils vivent dans et
de différents lieux, et leurs territoires de chasse ou de cueillette sont très
étendus.
Ils sont grands et on les définit généralement comme étant des « prédateurs
féroces ».
Leur race est variée, la plupart des branches sont carnivores (nutrition :
phoques, marsouins, tout cela assaisonné de quelques saumons et calmars, etc..
;) mais l’une d’elles ne mange que des algues et ne vit que sur un territoire,
vaste certes, mais unique. (J’ai oublié l’endroit du monde exact où les
Scientifiques ont examiné les façons d’être et de vivre de ce groupe
exceptionnel. Désolée !).
Deux lignages d’Orques dans les mêmes eaux. .De grands poissons noirs et blancs
pouvant dépasser les neuf mètres pour les mâles, qui se croisent, se voient, se
perçoivent, et ne communiquent pas entre eux.
La question posée est de s’assurer du régime alimentaire des orques non
carnivores (une seule troupe repérée dans ce documentaire) et d’être sûr que
les deux souches de la même famille se rencontrent régulièrement en s’ignorant.
Il s’agit d’un reportage de constations de faits, non explicatifs de faits.
La réponse est prouvée : oui, bien que identiques
apparemment, ces deux branches de la même famille cohabitent en s’ignorant.
Certains scientifiques pensent que c’est le régime alimentaire
qui empêche le métissage et qui les sépare, d’autres à une forme d’ostracisme
animal.
J’ai alors une drôle de pensée un peu
incongrue : les petit-boutistes et les grand-boutistes de Gulliver… Je ferais
mieux d’être plus attentive, et apprécier cette recherche à sa juste valeur. Elle
a le mérite d’essayer de comprendre. J’ignore si sa véritable motivation est
l’amour intègre pour les animaux, la curiosité intellectuelle envers ce que
l’on méconnaît, ou simplement l’envie de comprendre l’autre pour mieux se
situer soi-même. Mais en tout état de cause, la vie des Orques m’intéresse, et
les images sont magnifiques.
Des orques non carnivores, ce n’est pas dans l’ordre des choses : mais si en
plus ces animaux puissants et immenses possèdent la connaissance de la «
sagesse » (relative et aléatoire) et la réflexion face à une cohabitation sans
heurts, ce sont la stupeur et l’admiration qui me submergent !
Leur vie sociale est puissante (communautés stables, fidélités, etc…), les
liens qui les unissent sont forts et chaque groupe vit d’entraide (chasse en
groupe) ; leur langage (ou langue*), fait de grincements et de cris de
tonalités diverses, est reconnu par la race humaine comme étant assez
sophistiquée.
Elles possèdent un système radar très subtil (écholocation) pour situer les
obstacles ou les proies.
La même race possède assez de conscience et de fair-play pour s’ignorer sans se
battre, et vivre (ou survivre ?) dans les mêmes eaux sans les ensanglanter de
guerres ethniques.
Mais elles s’ignorent au point de ne pas se reproduire entre elles alors que
leur physiologie et leur « culture », hormis leur alimentation, sont
les mêmes, d’après tout ce qui a été examiné jusqu’à ce jour.
Diverses expériences et observations (je vous passe ce genre de détails qui ont
pris des mois d’examens tout à fait sérieux et objectifs) finissent par
convaincre et prouver que oui, ces deux ramifications vivent bien dans les
mêmes endroits et se croisent en dédaignant toute relation. Sagesse ou mépris ?
Aucun hybride n’a été repéré à ce jour.
Une autre pensée, carrément indigne me
soulève l’esprit et le cœur, celle de « la confrontation des castes ». Sans
lutte en plus !…Quelle classe !
Quel « bon sens » leur a fait choisir l’ostracisme, que je ne défends
pourtant pas et que j’exècre, d’avec le métissage, apparemment possible ?
Elles frayent dans les mêmes eaux et ont le discernement de se
croiser sans se battre. Elles qui possèdent un langage élaboré à base de
grincements et de cris très spécifiques, pourquoi ne « s’entendent-elles » pas
?
Elles se côtoient, mais s’ignorent.
Est-ce volonté de leur part ? Parti pris ? Décision irrévocable
? Protection naturelle ?
Elles sont obligées de sentir l’existence des autres mais la
désavoue par une parfaite indifférence.
Mépris ? Ordre établi ? Protection ? Invisibilité des genres incorporée au
système génétique ?
…Finalement je suis
rassurée, nous ne sommes pas pires que les Bêtes.
Mais vaut-il mieux s’ignorer plutôt que s’entretuer, ou faire l’effort de se
croiser en se reconnaissant, même si cela doit parfois malheureusement passer
par un conflit irraisonné en attendant que la raison prenne le dessus ?
Ah ! Le pouvoir de
la méfiance…
…Il me semble qu’une langue* possède une conjugaison, (notion du passé, du
présent et de l’avenir) des règles syntaxiques (variations) et un vocabulaire
pour être l’agent de communication formel qui permettra les échanges d’idées et
de pensées sans ambiguïté.
Il est certain qu’ils vivent avec le concept du temps et des saisons, et même
si cette connaissance (ou reconnaissance) est le fait d’un savoir ressenti
physiologiquement et non intellectuel, ils l’ont.
Ils ont la mémoire des lieux et des temps et s’adaptent en fonction des
saisons.
Ils ont le temps et l’envie d’éprouver de la compassion pour les membres de
leur groupe, certains de leurs actes le prouvent. Cela reste encore fugace mais
le geste est là. Et leur survie est tellement instinctive que leurs critères
d’altruisme, quand ils apparaissent, sont forcément plus restrictifs que les
nôtres.
Finalement…
…Comment nous voient-ils ? L’homme peut apprivoiser (ou forcer à vivre avec et
par nous) des Orques puisqu’ils ne nous attaquent en principe pas.
Les signes, assimilables à la langue gestuelle des sourds et
malentendants servent de pont entre terriens et marins. (Bien que très différents
on s’en doute !)
Nous ne les voyons pas tous identiquement et nous avons besoin de la
justification de la science pour poser des assurances.
Notre perception des choses doit-elle être tant tributaire de la juste science
?
Quelquefois, j’ai envie de ressentir, seulement ressentir les choses ; c’est
aussi une forme de compréhension non ?
Mais j’admets que je suis heureuse également des avancées du
progrès, et c’est bien la science qui en est en partie responsable.
Je vais relire Marx et Swift…
*Nul ne peut affirmer que la syntaxe est absente de leur langage ; quoiqu’il en
soit, leur définition du mot langage, si elles l’ont, est sans doute éloignée
de la nôtre, et fonction de notre milieu de vie, ou inversement. Leurs besoins communicatifs
ne peuvent être comparables aux autres animaux que nous sommes. Ils sont des
extra-terrestres pour nous, nous sommes des extra-aqua pour eux, s’ils nous ont
repéré en tant qu »animal ; nos formes de vies divergent aussi selon les lieux de la terre
et ses nombreuses configurations climatiques ou géologiques.
Cependant, nous ne pouvons pas vivre dans l’eau, et ignorons
absolument tout des impératifs de survie
qui y sont obligatoires, et tout ce qui en dérive, cela coule de source.
Ce qui est sur à présent, c’est qu’ils possèdent des
« patois », et qu’il leur arrive fréquemment de discuter en réunions
familiales.
Tout cela fait beaucoup de mots : peut-être ont-ils
simplement un manque physiologique qui fait qu’ils ne digèrent pas la
viande !
PS : je vais faire un tour c’est encore tout plein de la moiteur de l’aube chez
moi. Les chants d’oiseaux m’ont éveillé tôt.
Le travail d’été est prenant, je vis au rythme des cueillettes
des fruits rouges, de leur égrapillement (comme on dit ici) et de leur
conditionnement.
Je me dispute avec les merles, mais leur en laisse un peu.
Pour les fraises c’est terminé… restent les groseilles, les
cassis, dont les rafles cette année sont énormes, puis les cerises, en retard
cette année.
Bientôt cornichons et tomates prendront le relais…
Sur mon vieux banc de pierre, nantie d’un café tonique, je vais
rêver aux grands Orques, si loin, et de leur humanisme si animal…
Sourires à tous et à toutes.
feuilllle
Je vous recommande ce site qui permet d’avoir un résumé rapide
de leur vie : vous pouvez y entendre aussi leur sons.
http://perso.orange.fr/christelle.riedinger/ORQUES.htm
07 juillet 2006
La colline aux bulots
La Colline aux Bulots.
Je glisse lentement au dessus des éminences chamarrées.
Les courants sont chauds ; le chaos de blocs erratiques que j’aperçois très nettement se découper en reliefs hachurés et dangereux au dessous de moi est recouvert traîtreusement de végétation basse mais luxuriante. Je palpe du plat de la main tous ces buissons ondulants et frissonnants, autant pour me protéger de leur morsure que pour en faire émerger la faune et l’examiner.
Entre deux failles de falaises, parmi lesquelles et au mépris de toute sécurité je n’hésite pas à m’engouffrer, j’ose descendre à m’en couper le souffle et observer les lichens variés (formes et couleurs) qui semblent bruire dans une impossible brise…
Et là, bien camouflés dans les herbes, j’observe ces magnifiques escargots en spirale, que je n’avais pas même perçus d’en haut…
Toute une colline de bulots cachés et collés par l’opercule dans les herbes ondoyantes et vacillantes se dévoilent…Leur teintes ont des nuances semblables à celles des rocs et de la flore ambiante, c'est-à-dire qu’elle varient des roses et des pourpres aux violets, des bruns aux rouges foncés.
Ils sont énormes.
Je suis impressionnée par leur taille et leur force de succion. Un magnifique coquillage, rond, plat et spiralé, grand comme l’intérieur d’une main, offre les mêmes nuances et sa nacre irise en vifs éclairs d’argent un pli de l’onde…
Dix fois je suis redescendue en apnée sur ce vaste rocher, pas très profond en son sommet, mais assez éloigné de la côte et s’incurvant doucement vers les profondeurs jusqu’à ne plus pouvoir en distinguer sa base…
Dix fois j’ai été saisie par ce paysage calme et pourtant de géologie monumentale et torturée…
Dix fois je me suis extasiée devant cette douce colline pentue cernée de pics et de monts millénaires…
Mon regret de ne pas nommer les minéraux et la faune marine est submergé par celui de mon impossibilité de les photographier…
…Les sons des flots sont tamisés mais bien existants...Monsieur Cousteau, le Monde du Silence n’existe pas…Pensée souriante à Vous…
feuilllle
(Lieu : calanque marine éloignée, vers Saint Raphaël, juillet 2005)
29 juin 2006
La première fois, le septième Ciel...
http://www.oiseaux.net/photos/photo15.html pour les deux images.
La première fois, le septième ciel.
Un énorme moment dans ma vie cette première fois, où, harnachée et suspendue
par de grosses bretelles réparties sur divers endroits du corps pour maintenir
la volumineuse aile quasi rectangulaire, j’ai pu voir sans écran le sol d’en
haut et palper l’intouchable.
Il y a quelques années, un destin anodin et pourtant extraordinaire ma conduite
aux Baléares.
Là bas, j’ai découvert l’Espace.
Je n’aurais jamais pensé aller si loin à cette époque.
Pourtant depuis, j’ai égalé cette distance, élargi mes horizons, et multiplié
mes escapades.
J’ai été loin, mais là bas et pour la première fois, j’ai été haut.
Rien n’équivaut à cette expérience que j’essaie de revivre dès que mon budget
et les potentialités environnantes s’en arrangent.
…Le soleil brille et chauffe de façon ardente à cette heure de sieste
inévitable dans cette partie du monde. Je fixe une minute l’inaccessible ciel
très bleu. C’est l’année de l’éclipse mais pas encore le jour.
Je monte dans l’embarcation qui m’emmène sur une minuscule île flottante ancrée
au large ; elle est isolée du rivage qui me semble très distant. La mer ondule.
Un autre horizon, plus vaste, plus sauvage se profile au loin. Je n’entends
plus les bruits touristiques, ni les rires, ni les cris des enfants. Le regard
tourne autour de l’eau, et les sons de la mer qui clapote, mêlés à son odeur et
son goût de sel, enfouissent tout ce qui n’est pas l’instant présent dans une
sérénité insolite. Je perçois le vent de pleine mer, sa force libérée des
freins des reliefs humains ou naturels. Je réalise sa puissance lorsqu’il n’est
entravé de rien.
Un des deux accompagnateurs me prévient qu’il y a du vent et que ça risque de
secouer.
J’ai peur, je suis affolée.
Mais j’ai trop rêver voler pour reculer. Je récidive donc mon accord et je
m’équipe ; mes sécurités sont minutieusement vérifiées. Très vite, je me
remémore les consignes et les gestes essentiels, appris plus tôt sur la plage.
J’observe dubitativement mon harnais et essaie de me sentir brave.
Je me rends compte que je tremble, un vertige prospectif me hantait rien que de
voir les humains devenir minuscules, puis presque invisibles, lorsque je les
voyais s’élever avec leur parachute.
L’aile volante est convenablement déployée derrière moi, et le bateau s’élance
en me tirant. Presque immédiatement, je ne sens plus le poids du paquetage et,
tendue comme un arc, je m’envole en serrant très fort les courroies latérales.
Je reste les yeux accrochés sur ce point ombilical qu’est devenu le minuscule
bateau auquel je suis reliée par un filin. Je suis incapable pour le moment
d’en libérer mon regard et de me détendre. La mer s’éloigne très rapidement.
…je suis suspendue, lilliputienne dans l’immense Espace, portée par mon aile
argentée; j’oscille de temps en temps et je suis sidérée de découvrir ce vol
doux et ouaté. J’entends le vent, je ne sens plus les courroies, je me laisse
bercer; je relâche mes membres, je laisse flotter mes bras.
Différentes étapes de parfums me parviennent, selon les fragrances portées par
les courants d’air.
L’instant est magique , imaginez : vous vous évadez avec votre aile volante qui
« flappe » légèrement sur les côtés et vous montez et vous montez, vous montez
encore, et enfin, on ose regarder plus loin et plus haut…
Vous quittez la terre rapidement mais doucement, raccordée .à
elle, néanmoins vous la quittez, et ça fait : « chouiiiiiiiiiiiiissss » en
continu.
Vous êtes complices avec le Vent, vous dansez et tanguez dans
les soupirs du Temps et de l’Espace, et vous avez toutes les caresses de la Lumière et du Soleil.
…Je découvre le vol, cette aventure fabuleuse qui a fait œuvrer les
scientifiques, les chercheurs et les créateurs, à réaliser des machines ou des
organes artificiels, pour aller plus loin, plus haut.
J’observe la frontière nette et bien sculptée de la terre et de la mer,
elle-même couronnée d’azur, mais mon ascension continue…j’ai la sensation
d’être affranchie d’entraves, délestée de mon propre poids, alors que je suis
reliée au bateau tout petit, en bas ; le raccord donne confiance et le vent est
si libre et si fort…
Je ne vois plus le mouvement des vagues bien sur, mais une
grande masse mouvante, verte ou par endroits bleu sombre. Ça miroite par
éclairs et elle s’écume parfois de petits moutons blancs. Quelques
réverbérations flashent et me font cligner les yeux.
Mon regard se porte loin a présent, de tous côtés et même au-dessus.
C’est lourd un parachute ascensionnel et pourtant ça vole… avec ce genre
d’équipement, on ne tombe pas, on s’élève…
La chance, c’est qu’un vent merveilleux plus violent se soit levé… d’où
l’impossibilité de redescendre dans l’immédiat…
Je reste entre ciel et mer longtemps. J’ai conscience de cette durée rallongée,
et je vois mon bateau virer et tourner sans pouvoir s’arrêter pour me
redescendre. Je souris. L’espace est mon Complice, mon Compagnon, mon Servant…
Je me sais légère entre « Ciel et Terre », je plane dans tous les sens (et de
tous les sens que je fais les plus réceptifs possible.)
Je sens le courant du vent qui change de cap, je tangue avec lui, le ciel est
pur, j’ai un peu froid mais je m’en balance, car je flotte.
Un cri d’oiseau me fait baisser la tête.
Je vois glisser SOUS moi un oiseau blanc, aux ailes bien étendues et je crois
voir ses plumes. Situation incongrue. (Grosse mouette ou petit cormoran ?)
C’est indicible c’est ineffable…
Je vole, et c’est fantastique. Tout parait très net, bien dessiné, la vue
semble décuplée. Je suis stupéfaite de la netteté des contours du paysage et de
ses détails. Très lucide malgré l’émotion, je constate que l’acuité visuelle
des oiseaux est bien aidée par la physique de l’air ambiant. Il faudra que j’en
demande un jour l’explication à un connaisseur.
Je m’aperçois que le tremblement ne m’a pas quitté, simplement, il s’est
transformé :
Ce n’est plus un tremblement de peur mais une vibration de tout
mon corps qui se confond avec celle du souffle du vent assorti de la lumière du
ciel.
J’articule mes doigts et je pianote l’air pour les réchauffer.
J’ai un sentiment de liberté et ici celle-ci consiste à être planeur. L’élément
qui enveloppe est inhabituel mais grâce au filin, c’est la quiétude en
altitude.
…L’atterrissage sur la petite île me parait brutal.
Il parait que non, il ne l’est pas ; mais la terre me révèle avec
gravité mon poids d’humaine ! C’est brusque et j’ai mal partout, l'appontage
est rapide mais les sens sont toujours dans l’émoi et l’émerveillement.
J’ai du mal à marcher : on me dirait un peu ivre. Je vacille mais cela ne dure
pas. La conscience revient vite.
(On me dit que, comme en ski, les courbatures dues aux tensions des muscles
disparaissent au bout de quelques envols. C’est vrai, je l’ai constaté plus
tard.)
Il y a tant de manières de s’envoyer en l’air…
Une des méthodes consiste à s’accrocher à un bateau qui te tire pour te lancer
et te soulever à la manière d’un cerf volant. Tu deviens cerf volant.
(Sur mes collines ventées Normandes, nous pouvons partir du sol avec une aile
légèrement différente, sans élan mécanique particulier, juste un bondissement
après une petite course).
La première fois, on est impuissant à se diriger, on n’y pense tout simplement
pas ; on est subjugué par le vol…c’est pourtant facile et la sensibilité de
l’armature et du corps ne demandent pas d’efforts pour cela.
Depuis que je suis petite, les cerfs volants m’ont fait rêver.
Je me souviens de mon premier (et unique) cerf volant, vert et
bleu, avec des baguettes de bois ocres ; il a fait mes délices et délires
d’enfance, mais jamais je n’aurais songé devenir un jour son égale lorsque je
le voyais tournoyer dans le vent.
C’est l’espace qui donne cette sensation de liberté. Il faut oser.
Il faut prendre l’espace.
Il faut oser prendre l’Espace, et, bien sur, continuer…Pour
tout…
Merci à celles et à ceux qui m’offrent la chance d’en prendre conscience.
Voilà, j’espère que cela vous donnera l’envie d’en faire aussi. J’ai essayé
d’être descriptive au maximum. Je vous souhaite un doux envol…
Sourire à tous et à toutes.
Feuilllle.
![]()
20 juin 2006
Teinte en blanc
Vinicole ou alcoolisé, (hum ! sec ou liquoreux…) européen ou blondinet
(nan je ne suis pas raciste, je me défierais aussi sur le mot
« noir » !), républicain ou cocardier, royaliste ou fleur de
lys...
Blême ou laiteux, cassé ou de neige , ivoirin ou opalin, argenté ou lactescent,
blafard ou incolore...
D'Espagne ou de madone, coton ou anti-négatif en photo, d'oeufs ou Blanco, pâle
ou clair,examen ou bulletin...
Au féminin, arme ou carte,nuit sans sommeil , et pour la maison , en solde en
janvier !...
Congrégation* ou chevalier* , mal,* col ou Mont....
Espace vide dans un texte...technique de brouillage en guerre électronique....
Avec « en », de but en b, ou de chèques en b.... et les tirs en b....
pour saigner à b.... !
Ces vers dits vers b....s*, sont cousus de fil b.... !
(*les pères blancs)
(*défense d'une société)
(*panaris)
(* des vers sans rimes)
Le blanc de baleine est une huile utilisée en cosmétique, hélas.





















