11 septembre 2008
Septembre...2eme édition. Que des E.
Tempête
Les herbes empêtrées déferlent et se penchent,
Et cernent, enchevêtrées, les têtes des pervenches.
Septembre évente et tend des ténèbres de grêle
Et révèle entre-temps les restes des helvelles.
Se resserrent et descendent' les pentes des prés blêmes.
Les vesces réservées se revêtent de perles
Et les chênes entendent, les crécelles des merles.
Se délectent de terre, fermement enfermés.
Le temps bêle, véhément, et émèche les prèles...
Les mêmes bercements lèchent les berces frêles.
Déversent les secrets des revers de l'été.
Les sévères déesses, éjectent, et étendent
Des fléchettes zébrées, mégères entêtées.
Des réflexes de gestes, énervent très fervents.
Les reflets verts recréent les sèves des essences.
Les éléments ne cessent, en belle effervescence,
Enflés, de célébrer, les
extrêmes des vents...
Les serpents éthérés se
délestent des gemmes,
Tendrement se dévêtent, des
effets des enfers.
Le segment généré des brèches éphémères
Réverbère les bêtes, tremble, et
sèche de flemme.
Tempèrent les épées et les encres de Temps.
Le présent de clémence, sert et
permet des trêves,
En excède les sens, les défenses, et les rêves...
feuilllle
Réédition à la demande de M.
texte protégé
29 janvier 2008
Parfums...
Emanations
« Te lire », a dit l’Amant à sa Reine, « c’est te dévisager du bout des doigts, et sentir ton parfum sur mes lèvres… »
« Te lire », a dit la Lune à la Terre, « c’est y voir mon reflet dans l’étang de tes yeux, et humer le matin tes brumes vespérales… »
« Te lire », a dit la Mère à l’Enfant, « c’est contempler l’amour entier dans ton regard, et fleurer l’odeur du lait sur ta peau... »
« Te lire », a dit l’Océan à la Plage, « c’est mouiller de caresses ton rivage pour y inscrire la nuit, et flairer l’algue brodée sur tes falaises… »
« Te lire », a dit le Fils au Vieil Homme, « c’est détailler les rides sculptées par ton destin, et respirer les effluences du labeur sur ta houppelande … »
« Te lire », a dit le Fleuve à la Montagne, « c’est décrypter tes dures roches pour mieux te contourner, et inhaler en passant tes forêts, tes collines et tes prés… »
« Te lire », a dit la Fillette au Lapin, « c’est froisser tes oreilles dorées dans la transparence de l’été, et respirer sur ta pelisse l’arôme du serpolet… »
Inflorescences…
« Te lire », a dit l’Iris à la Violette, « c’est découvrir le diamant de ton cœur sous la verdure, et me pénétrer de ton bouquet violacé… »
« Te lire », a dit Chien à son Maître, « c’est tranquillement t’observer pour comprendre tes besoins, et renifler ardemment l’aura de tes plaisirs ou de tes peurs… »
« Te lire », a dit la Porte à la Maison, « c’est apercevoir ton armoire cirée et haleiner les fumets domestiques en t’ouvrant… »
« Te lire, a dit l’Espace à la Planète, « c’est me souvenir de ta création et examiner les tiennes, et parfumer tes émois et tes sursauts des teintes de l’arc-en-ciel…
« Te lire, a dit l’Abeille à la Fleur, « c’est transporter la vie sur une autre corolle, et colorer ton odeur enluminée de miel… »
« Te lire », a dit l’Educateur à l’Orphelin, « c’est te transmettre nos lois et nos règles pour te faire un nom, et te donner le goût salé et sucré se tes rires et de tes pleurs… »
« Te lire », a dit le Vent à l’Arbre, « c’est transpercer tes branches pour ciseler ton écorce, et y exhaler mes effluves les plus subtils… »
Haleine…
« Te lire », a dit la Main à l’Œil, « c’est de me tendre vers toi, qui déchiffre les mots que j’inscris sur la trame inodore d’une toile… »
« Te lire », a dit l’Eau du ciel à l’Orage, « c’est zébrer ta lumière et sentir le frisson te gagner en puissance à mon unisson… »
« Te lire », a dit le Lecteur à l’Auteur, « c’est parcourir ton voyage sans contrainte, et ressentir les fragrances de tes images et idées… »
« Te lire », a dit la Mort à la Naissance, « c’est savoir t’attendre sans trop tôt te prendre, pour que l’estime de ta perte te redonne ta liberté…»
Empyreume...
« Vous lire », a dit la Vie à Tous, « c’est vous aimer… »
23 septembre 2006
Enfance
Ode à l'Enfant…
Il a un air mutin pour te
dire : « je t’aime »…
C’est un petit lutin qui tente par
lui-même
D’ouvrir tout grand ses yeux au
travers des espaces
Et des différents cieux pour y
faire sa place…
La source devient ru, puis serpente
en rivière
Avant de s’en aller entre forêts et
villes ;
La chenille naissant nue doit s’enrober
de fil
Avant que d’étaler ses ailes de
lumière…
Le matin de l’enfance apporte une
joie fraîche
Faite d’insouciance aux mains
devenues rêches.
Les amis se proposent de protéger
ce coeur
Et de l’inscrire en prose enrubannée
de fleurs…
La famille rassemble au sein de son
histoire
Des séries d’anecdotes qu’elle
image en victoires.
Il se lève ; il retombe, il
sourie, titubant,
Et découvre le monde, aux bras de
ses parents.
Nul ne saura décrire combien de pas
il faut
Pour traverser la vie sans
l’outrage des maux.
Mais chacun est ravi lorsque l’enfant engage
Nos plus doux souvenirs en unique
partage…
Quand son regard en pleur étincelle
et questionne
Que répondre en douceur à la moue
trop mignonne ?
Comment sécher des larmes, qui
coulent en veloutant
Une joue qui désarme tout
mécontentement ?
L’aube tamise l’air et prépare le
jour.
Son voile avec audace, glisse
dessus la plaine
Et efface avec grâce, de la nuit
les atours…
Ainsi dans chaque vers, l’enfance reste Reine
12 septembre 2006
Femmes-Rivières.
A Lila, et Pour toutes les Femmes de la Terre.
Femmes-Rivières.
Tu jaillis, Source d’Eau, Pétillante ou stagnante.
Tu émerges, inconnue, Du ventre de la Terre ;
Minuscule et menue, Tu te traces un
layon…
…Du gouffre des hadaux Ou des
vapeurs régnantes
Est né ce Fil ténu, sauvage et
solitaire,
Qui suinte des pierres, Ou du sable
ou des mousses.
Il amorce un bréviaire, Que sa
vigueur repousse,
En s’écoulant sans fin, Et accroche en ses eaux
Des maux et des parfums, Des
histoires d’oiseaux,
Des éclats de lumière, Des nuées en haillons…
Ton enfance frétille, Vierge de
pollution,
Tu es petite fille, Voguant sans
restrictions.
Fluctuante et tenace, Entre voies
et allées
Tu frémis, te délaces, Effleures ou
reconquiers,
Les contrées rencontrées, Les
vallées avalées…
Tu as posé la trace,
Dessus la rive hier
Un fertile limon, Madame Rivière,
Pour Ceux qui ont ourdi Les champs de leur
moisson.
Puis tes eaux calfeutrées Ont
absorbé l’espace…
Ta musique assourdie Entre deux berges basses
Flotta sur d’autres monts, Arpège à l’horizon…
…Et tu glisses et tu passes, Tu enfles sans façons.
Les orages ont grisé Le ciel et ton
corps sage
Les digues sont brisées, Tu remets
ton corsage.
Tu enfantes des rus Qui croisent
leurs sillons
Et bouillonnent parfois Sur un chant de grillon.
Les herbes poussent dru ; Les verts
bordent ton lit ;
Deviendrais-tu par Foi La maîtresse rêvée
D’une Terre de roche, De glaise ou
de galets ?
Dans tes stries et tes poches, Tes
ondes se rallient
Pour s’immiscer en nappes, Qui cascadent et balaient
De leur glace mordante, Les dartres
des névés.
Les pierres qui te happent, Sont
sculptées par tes armes,
De colères ardentes, Ou
d’impassibles larmes…
Fontaines de nos cris, De plaisirs
ou douleurs,
L’enfantement s’écrit De toutes les
couleurs.
Et tu prends de l’ampleur… Car ta
course ondoyante
Noie par d’infinis pleurs Les
terres chatoyantes ;
Mais que tu les protèges, Restant
calme et limpide
Ou que tu les dévores, En devenant
leur maître,
Tu leur offres un cortège De tes
attraits liquides,
Et déverses l’amphore, De tes longs
cheveux fluides ;
…Ce voile te marie Plus sûrement qu’un prêtre…
…Débordante ou tarie, Ou instable
et mouvante,
Tu reçois les regards Pour ta
courbe émouvante,
En obtiens des égards... Tu
séduis, captivante…
Tu construis des ravines Où tes
amants timides
Te gorgent Oh! Divine, De sourires humides.
Et s’apaise ta course ; Tu t’étales,
impudique.
Tes reflux malséants Gravent sur la
vallée
Des plis et des sillages, Des gués épisodiques.
Tu rêves d’Océans, D’une impossible
escale,
D’un lieu de trêve douce : La
lassitude arrive,
Et te crée marécage. Ta mousse de percale
Se meut vers les rivages, Et ta
lente dérive
Remonte les marées Frisées de vent
salé.
Des ajoncs et des menthes Prosternent
leurs parfums
Vers les dunes démentes Empoussiérées de sable.
La brume, dont l’âme hante Le
marais vénérable
Cloître encore l’amante, De la
terre en sa fin.
Impudique et sereine, Tu serpentes,
tu te cambres
Tu allèges ta peine Par les joies,
les errances.
Auguste ou incertaine, Tu déploies
tes méandres
Dans le courant sans haine Des
secrets de l’enfance.
Tes yeux noyés de sel Se fondent
dans l’immense
Gousset universel Portant ta descendance.
Tes bras gorgés de vie Plongent
leurs origines
Dans celui qui ravit Les eaux de
l’abondance.
Tu donnes sans compter Mais reste
sauvagine.
Nul ne peut te dompter Dans tes cours qui s’élancent ;
Et c’est dans le couchant Que ta
sensualité
Miroite en se penchant Tes gouttes en pointillé…
feuilllle, Septembre 2006 (texte protégé)
photographies : août 2006, Eure et Mer et Océan, Lacs, Rus et Rivières.
16 août 2006
Chanson pour Ylliès (naissance)
Chanson pour Ylliès…
Refrain
Et me voici, petit, dans un monde si vaste ,
Et à peine sorti, en cet instant si faste,
J’ai crié pour ma vie, j’ai ressenti la liesse,
Le bonheur m’a ravi… Mon prénom est Ylliès…
La nuit s’est révélée éclair encore diffus,
Les sons échevelés , les bruits encore confus…
J’ai quitté pour toujours l’antre qui me gardait…
Cette graine d’amour a fait ce que Je suis…
Je m’appelle : Humain…Les eaux de ma maman
Ont coulé sur la Terre…Quand Elle les perdait,
Papa serrait sa main…Du liquide qui fuît
Et fuse en source claire, jaillit tant de tourment,
Mais aussi tant de joie, tant de moments précieux
À venir chaque mois, à vivre sous les Cieux,
Que mon Père et ma Mère, ont pleuré et souri
Que j’ai cherché au flair, le sein qui me nourrit…
Et me voici, petit, dans un monde si vaste ,
Et à peine sorti, en cet instant si faste,
J’ai crié pour ma vie, j’ai ressenti la liesse,
Le bonheur m’a ravi… Mon prénom est Ylliès…
La chaleur de l’instant se combine à l’été,
Celle de mon printemps à la maternité…
J’étais comme un poisson, mais j’étais en prison…
C’est ainsi que les larves, grandissent dans des nids,
Que les mères se chargent, de nourrir leurs petits…
L’amour à l’unisson nous cloître et nous protège
Nous tamise le « hors », nous filtre les arpèges
Des couleurs, des accords, et que, avec raison,
La Nature nous fait naître, complet et aquatique,
Et nous transforme en être, terrestre et éclectique…
Et je respire un air, je gonfle mes poumons,
Car je suis sur ma Terre, c’est Elle mon cordon…
Et me voici, petit, dans un monde si vaste ,
Et à peine sorti, en cet instant si faste,
J’ai crié pour ma vie, j’ai ressenti la liesse,
Le bonheur m’a ravi… Mon prénom est Ylliès…
La blancheur des ébènes, au soleil n'est pas sombre,
Les ivoires deviennent, dans la nuit couleur d'ombres.
Je tisserais pour Vous, mes parents bien aimés
Une toile de soie, pour ces dons merveilleux
Que sont Vie, Nom et Loi, que Vous m’avez légués.
Je tracerais pour Vous, mes frères et mes sœurs
Un chemin de tendresse, esquisse parfumée
Tendue de maladresse, et ma bouche et mes yeux
Ne nous pourrons suffire pour montrer que mon cœur
Est empli du désir de rendre et présenter
Ces trésors de confiance et de complicité
Que durant mon enfance, vous saurez prodiguer…
J’ai crié pour ma vie, j’ai ressenti le Monde,
Le bonheur m’a ravi… J’ai l’honneur et le droit
De transmettre un message ; il percera les ondes
Avec force et hardiesse, estime et affection.
Plus grand je serais Sage, je ferais attention…
Mon prénom est Ylliès…Je suis là, c’est ma joie…
Sourires à toutes et à tous.
feuilllle
31 juillet 2006
Le grenier d'une histoire
Le grenier d'une histoire.
I
Dans un coin assombri de chaleur ouatée,
Une malle en bois gris s'entrouvre de côté.
S'y devinent sans peine, les boutons et dentelles
Que donnaient les marraines, jadis à leurs filleules.
Elles brodaient leurs robes, en nuances pastelles,
Placées, sages et probes, l'été, sous les tilleuls.
La cheminée l'hiver alanguissait les Dames,
Et l'aiguille de fer, où miroitaient les flammes.
Le doux buste en osier se tient droit à l'écart.
La caisse de papiers cèle d'antiques choses :
Des fiches de musique, un sous-main en brocard...
Des volumes bibliques, au parfum d'eau de rose
Se tassent sur eux-mêmes. Leur cuir s'écaille et pèle...
Trois pétales séchés dépassent d'une page.
Autrefois chrysanthème, la corolle se scelle
Sur un passé figé... De l'or borde une image...
A terre, un écritoire, tâché d'encre palie ;
L’ancienne porcelaine, de l'encrier poli
A permis les histoires, d'une main écrivain.
Fût-ce la châtelaine, ou bien le châtelain ?
En ouvrant le coffret, je dénude des yeux
Un carnet de refrains, écrits d'encre violette.
Ils divulguent sans frein, de l'âme ses aveux,
Et les phrases m'effraient, car intimes et secrètes...
Le hêtre de l'armoire, grince à son ouverture.
Un amas de costumes, chamarrés et serrés,
Offrent à ma mémoire, des vêtements moirés,
Quelques mises posthumes, quelques vieilles coutures...
...Quand j'ouvre le tiroir, un ruban de velours
Enserre un tissu noir damasquiné et lourd.
Des perles s'en échappent, d'opales assorties
Et le plancher les happe, dans un doux cliquetis
II
L'emplacement des jeux attire mon regard...
Je reste bouche bée, et mon esprit s'égare,
Devant une poupée et son trousseau moisi.
La richesse et ses feux envoûtent ma pensée
Rétrospectivement, de fantasmes choisis.
Je rêve simplement d' « elle » dans mon passé !
Le berceau se guenille. Son voile est remisé,
(Son passement pampille), sur un cintre brisé.
La tête de cheval, enrubannée de vert
S'appuie sur une balle, grignotée par les vers.
Sur son socle d'émaux, l'arche de Noé tremble :
Avec ses animaux, la nef se fait écrin.
Deux à deux je contemple, leurs pas qui vont à l'amble...
Dans un contenant ample, entouré de gros-grain,
Les fins soldats de plomb, vêtus de rouge et d'or
Regardent avec aplomb leur obusier qui dort.
La sublime dînette, en étain et faïence,
Possède encore en botte, de l'herbe et des épices.
J'évoque une fillette, souriante et complice
D'un frère en redingote, et leurs joies de l'enfance.
Posé sur une table, un tout petit rouet,
D'un âge respectable. Je crois qu'il fût jouet...
J'actionne une crécelle : je sursaute et tressaille
Au cri boisé qui fêle, l'oubli figé sans faille.
Les tiges du croquet exhibent leurs arceaux.
Bloquant l'abécédaire, une pelle et un seau.
Dans un petit paquet, des engins mécaniques...
Encore enveloppé, un grand train métallique,
Cache dans son tender de vétustes crayons.
Un casque et une épée, couchés sur un rayon,
Supposent quelque guerre, du garçon de l'époque.
Sa cape de naguère est friable et en loque...
Des cubes dans un sac, aux lettres embellies
Se bousculent en vrac sans souci du délit.
Un drôle de bonhomme, en blouse rapiécée
Gaule de fausses pommes de sa perche d'acier.
...Antiques jeux joyeux, vous devenez Joyaux...
Ce musée merveilleux étouffe votre usage,
Mais atteste la vie, le temps et son passage.
Et vous m'avez ravi, quelques instants, royaux...
III
Au dessus de la porte, et séchées à l’envers,
Un bouquet de fleurs mortes, parait garder, sévère
Une ambiance déteinte. Des outils dans un coin
Accrochés par la rouille, furent l’objet de soins,
De sueurs, de contraintes. Une statue d’onyx
Se penche sur un siège, baise de ses yeux fixes
Son coussin de soie grège. Un cerceau peint en vert
Qu’aucune boue ne souille, cerne une cloche en verre.
Regard à l’extérieur…le ciel est couleur claire.
Un petit vent rieur effleure les trémières…
L’antique horloge à poids, contre le mur, calée,
Conduit la partition des heures écoulées.
Un vieux drapeau français porte une harde en berne.
A son pied, de guingois, une vieille lanterne
Rappelle l’émotion qui ouvrait la pénombre,
Quand son éclat perçait la nuit profonde et sombre :
Les vallons de cet âge n’avaient que pour clarté
Le ciel et ses nuages, la lune en aparté.
Un trait de soleil glisse, jusqu’au ras du parquet,
Et dessine un chemin lamé de camaïeux.
La flèche d’or s’immisce, ardente à démasquer,
Les secrets des humains et ceux de leurs aïeux.
Debout dans une malle, des patriarches en cadre
Présentent favoris, moustaches, et regards dignes.
Les poses des maris, prisonniers des dorures
Infèrent un mal-être, et tout ce blanc obscur
Sur les femmes d’antan, peintes et confinées
Sur les tableaux d’ancêtres, lègue un trouble macabre,
Au coin de cette salle. La réalité signe
Par le transfert du temps, un présent suranné.
……………………………………….
Là étaient remisés les sujets souvenirs
D’une famille aisée qui n’eut d’autre avenir
Que de nous captiver de leur triste destin.
Étienne et Émilie partirent un matin…
Leur histoire se lit dans l’espace muré
De leurs objets-témoins, de leur enfance d’or.
Il nous reste le soin de protéger encore
Les restes dérivés d’un instant capturé.
Victor naquit ensuite, et ses enfants gardèrent
Le vieux grenier intact. Dans les soupentes grises
Le décor devint « Actes », et sous les bâches bises,
-Chaque époque à sa place-, les meubles s’entassèrent.
…La distance du lieu, la hauteur de l’endroit
Chassèrent dans la fuite, les racines lointaines.
Il est certain milieu qui ne s’octroie le droit
De vivre sans un sas, pour camoufler la peine.
C’est la fin de septembre…un œil à la lucarne
Me confirme que l’ambre du soleil se décline
En rayons de pré-nuit…Il y a trop de « charmes »
Au grimoire fermé de l’histoire enfantine…
Mais je reprends ma quête, et je suis fascinée
Par le coffre de livres que j’ai heurté du pied.
Un sec rameau de buis crisse sur une page
Et dégage en ramée un parfum de papier.
Je feuillette et m’enivre aux couleurs des images
Des titres de conquête, des manuscrits cornés.
Une fiole en cristal renferme dans sa panse
Des vapeurs de santal troublées d’inconsistance…
L’ovale d’un miroir reflète le contour
De l’arrivée du soir… La poussière
danse…
La fin inéluctable de cet après-midi
Me pousse à redescendre…Un œil aux alentours,
J’allume un candélabre, et sur un guéridon
Je repose rêveuse, la clef du « paradis ».
…Et j’ai envie d’entendre, rire les trois Petits
En bas, sur leur chauffeuse, car
Aucune action des ans n’oeuvre sur les objets
Lorsque le désarroi les isole en rejet.
Un tel renoncement m’incommode et m’étonne…
…La lucarne du toit s’ouvre et rit à l’automne…
à bientôt,feuilllle
(texte protégé)
29 juillet 2006
Le grenier d'une histoire...
28 juillet 2006
Le grenier d'une histoire
Etienne (12ans), et Émilie (11ans) sont décédés, l'un d'un accident de cheval,
et l'autre quatre mois plus tard de langueur, comme on disait à l'époque.
(Cette maladie devait être l'ancêtre de l'anorexie !)
Cela s'est passé il y a si longtemps que ce n'est plus triste.
Leur enfance heureuse et préservée par leurs descendants permettent de «
visiter » leurs vies, et ce témoignage du temps vaut bien celui d'un musée. Ce
qui est extra-ordinaire singulièrement, c'est que tout soit resté si intact, si
« comme avant », déposé précautionneusement sous les scintillements des rayons
lumineux filtrés par la lucarne du toit de la pièce la plus oubliée de la maison...
J'ai passé trois heures dans cette resserre à souvenirs, remise de la mémoire.
Hormis l'atmosphère pesante et lourde du passé, les rires des jouets et des
livres d'enfant prévalaient et semblaient encore résonner au travers des
poussières du temps. Au-delà du voyage vers la semi noblesse, une époque peu
industrialisée et une appétence familiale culturelle, la « fraîcheur » des
objets ternis par le dépôt grisonnant des années permet de saisir le film
secret de leurs vies.
Je n'ai pas pu m'empêcher de songer que s'ils avaient eu une existence plus
longue, rien de leur chronique ne nous aurait touché...
Victor est venu au monde dans cette même famille quelques mois après ces deux
événements tragiques.
Il n'y a pratiquement aucun vestige de ce garçon dans le grenier, sauf bien sur
un portrait de lui, adulte.
Il est vrai que la vie est son propre témoin...
Je me souviens...C'était aux premiers jours de l'automne, et de la fenêtre
entrebâillée et dénuée de rideaux, sous le soleil encore chaud de cette fin
d'après-midi qui faillit être un peu longue et fade, j'apercevais les arbres
chatoyer sur les collines, la prairie adjacente paisiblement broutée par un
troupeau de vaches noires et blanches, et dans le petit champ situé juste à
côté, la brise onduler les herbes sauvages. Un petit ruisseau frémissait et par
éclats portés par le vent, je distinguais son léger clapotis. La volaille
disséminée aux alentours gloussait gentiment.
Quelques tournesols gravitaient vers la lumière près des escaliers de la
vieille bâtisse, aux murs investis de dizainzes de roses trémières géantes,
explosant toutes leurs teintes. Plusieurs siècles de sécheresse et
d'intempéries avaient blanchi et tracé de fines sculptures les pierres du haut
fronton.
Trois énormes tilleuls vibrant de l'air du temps ombrageaient alors le centre
de « la cour d'honneur ».
...Un morceau de campagne plaisante, vallonnée mais peu boisée, et modérément
investie à cette période par les constructeurs...
Mes hôtes étaient joyeux, ouverts, simples. La fillette au regard clair
dessinait des fleurs sur un cahier de dessin. Les jumeaux, plus jeunes et
brunis par l'été, babillaient devant leurs piles de « Legos » sous nos yeux.
...J'avais envie de repartir, de découvrir d'autres choses, pourtant j'étais bien
avec eux tous...Mais je sentais comme en attente, sans trop savoir de quoi...Un ennui tranquille et mielleux m'enrobait, une doucâtre mollesse interne, tenace comme une litanie, me poussait à me" secouer"...
Me percevant lointaine, Bertrand et Annie me confièrent alors la
clef du grenier...Aucun des enfants ne voulu m'y suivre...
sans doute l'avaient-ils déjà vu...
C'était il y a plus de 30ans.
feuilllle (la suite en vers demain soir)
25 juillet 2006
Il faut rêver...
Il faut rêver……..
Une alcôve se cache, mais la lucarne s’ouvre…
Un enfant se détache, un homme se découvre…
Nous pouvons regarder un grand sapin stoïque ;
Il semble se garder des trésors volatiles
Qui vivent pour eux-mêmes… Les branchages qui piquent,
Dessous la lune blême, par un accord subtil
Entre racine et aile, leur offrent un accueil.
Dans les épines frêles, des joyaux irisés
Saisissent la lumière qu’ils tracent au recueil
De l’écorce et du lierre, du tronc martyrisé.
Et dans l’humus un germe, s’anime et se déploie …
Un visage se ferme, mais le regard s’accroît…
Tu peux laisser couler l’eau furtive des bois :
Elle se terre et délaie, à l’approche des doigts
Minéraux et brindilles, enchâssés et flottées.
L’onde sombre frétille, se cabre et étincelle
Entre mousses et pierres. De cette humidité
Happée par la bruyère, jaillit un arc en ciel.
Il éclaire les yeux de grisantes pensées,
De parfums merveilleux et de larmes versées.
Dans les abysses sombres, la lumière existe…
Cachée auprès de l’ombre, se dessine une piste…
Je peux sonder le ciel et vouloir voyager
Je ne peux attraper aucun astre stellaire ;
La distance y est telle, que nul ne peut plonger
Dans l’espace drapé qui ne diffuse l’air ;
Mais je rêve avec d’autres, d’échappées absolues
De trames tissées d’or, de fresques esquissées
De coloris sonores, d’idéaux résolus….
Nous les voudrions vôtres, mais savons éclipser …
Nul ne pourra braver dans nos cœurs tout l’espoir
Qui s’en va dériver dans la clarté du noir…
Une alcôve se cache, mais la lucarne s’ouvre…
Un enfant se détache, un homme se découvre…
feuilllle
20 juillet 2006
Un angle de visage (le peintre)
Il fait des marguerites, au bord de l’effeuillage
Des fleurs presque fanées ! Dont on sent bien que l’âge
Est bientôt terminé. Par quel miracle il peint
Cette danse insolite, des fleurs de nos jardins !
La femme au grand chapeau se replie et se penche
Vêtue de l’indigo qui dessine ses hanches.
Dans un jardin secret, le peintre s’est sculpté
Les tons de sa palette, en fleurs enguirlandées...
Un siège de guinguette, posé là par hasard
Attire sans regrets l’envie de nos regards.
Un paradis d’oiseaux, les plumes chatoyantes
Navigue dans les eaux de ses nuits sans orages…
Comme sa signature, les courbes jaillissantes
De sa trame nature, se fondent dans l’image.
J’ai envie de m’asseoir dans cet estaminet
Où les rayons du soir s’orangent, parcheminés.
Quel projet de génie lui a soufflé un soir
De « voir » en visitant les fresques du passé ?
Dans les grottes ternies la couleur des mémoires
A traversé le Temps et ses doigts l’ont fixée…
Comment cet homme sage, de son passé si cher,
A pu vaille que vaille, devenir « être libre » !
Un angle de visage, l’assiette et la cuiller
Supposent le travail et l’art de l’équilibre ;
Un triangle de voile, qui glisse et accompagne
En dedans de sa toile, l’eau qui prend la montagne ;
La couleur de l’écume, avec un clair de ciel,
Une ligne de rocs soulignée de falaises…
Et la lumière allume, comme un parfum de miel
Des teintes qui se moquent des reliefs qui se baisent…
Tout un rayonnement donne vie aux couleurs
Car la forme et la teinte, s’embrasent par le cœur.
Et quels événements ont traversé l’espace
Pour que l’image y tinte en y laissant sa trace
Cachées dans la poussière au fond de sa mémoire
Il a créé des toiles aux reflets de la moire…
Quelques éclats d’étoiles, argentés et pudiques
Transposent la lumière, en instant de musique.
Il y a comme une âme aux traits de violons
Quand il peint une femme aux cheveux presque longs.
Et les couleurs s’honorent de timbres parfumés,
Et les parfums se tissent, se lovent en bannières
Puis partent vers l’aurore ; les nuances d’hier
Posées d’un couteau lisse ne flétrissent jamais ;
La peinture ensorcelle les toiles de l’artiste
Les feuilles s’encorbellent, de tons surréalistes.
Je ne veux situer ni l’époque, ni le lieu,
Des dessins qui sont nés sous les différents cieux ;
Des diverses saisons, je ne sais laquelle prendre
C’est pourquoi sans raison, j’y invente un octembre.
feuilllle
(tous textes protégés)



















