Feuilllle, Itin'Errance et Natur'Ailes

correspondance et essais, partage et échange, effeuillage au quotidien, voyages et transhumance, nature et poésie...

14 mai 2008

Comme...

Comme...

Comme il proclame la vie le nourrisson qui vient de naître,

Comme son cri lui fait mal…

 

Comme il tombe l’enfant qui commence à avancer,

Comme il se relève vite !

 

Comme il observe ce petit qui pleure et qui rit…

Comme il collecte !

 

Comme il s’impatiente, le gamin qui ne se sent pas devenir grand,

Comme il a peur de l’être…

 

Comme il se rebelle, l’adolescent qui s’estime entravé,

Comme il se juge seul et incompris…

 

Comme il s’active, le jeune homme bouillonnant qui agit…

Comme sa quête est parfois déplacée !

 

Comme il croit avoir manqué sa vie, l’époux ou le père séparé !

Comme il a bien semé !

 

Comme il réfléchit, celui qui devient Homme,

Comme il est fier d’être Humain

 

Comme il peut guider, Celui qui sélectionne ses rêves,

Comme il peut à présent aimer !


Bon anniversaire, Copain!

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04 mai 2008

Erotisme animal...

Dégustation…

 

Quand il la prit délicatement, la frôlant amoureusement et la palpant de son œil tendre, son propre plaisir fit frémir la Belle froissée…

Il la lova contre lui, et chaque parcelle de sa peau s’irisait à son contact…

Durant les lents enroulements qui la pétrissaient, un suint glissait tendrement entre eux ; il s’étira, langoureusement, et les frissons qui le submergèrent n’avaient rien à voir avec la pluie tiède de l’été qui transformait les fluides corporels en tendre écume…

Son organe buccal la léchait délicatement mais fermement, et son avancée langoureuse pesait sur elle.

Quand il l’eut assez goutée, assez marbrée de ses mouvements, assez caressée jusques aux dentelles qui la bordaient, il l’a dégusta silencieusement et à fond…

Il se laissa enfin choir sur le moelleux sol vert et humide de son habitat pour savourer son repos…

 

Puis il rentra dans sa coquille….

escargot_touch_

 

Défi d’écriture : érotisme animal. (150 mots environ)

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22 avril 2008

Un temps de chien

Cette mini nouvelle est une fiction!!!

« - Alors, c’est à moi de raconter ? »

« - Oui » dit Pat, calmement. « Chacun son tour, et c’est à toi, Philou ! »


Nous étions tous les trois installés confortablement sur le parvis de la caserne, aux alentours, la fin de l’été gerbait ses herbes en bottes odorantes, le serpolet et les menthes affolaient l’odorat, le soleil presque au zénith allumait des éclats d’argent sur toute surface lisse.

Nous sommes Amis ; peut-être parce qu’aucun de nous trois ne sait oraliser ; cependant, nos signaux corporels et nos gestes élaborés nuancent nos idées aussi nettement que des mots le feraient, ces mots impossibles à émettre à nous autres muets… je crois surtout que notre amitié est inaltérable car nos parcours spéciaux nous ont rapprochés. Et en plus, nos familles ont toutes un membre travaillant dans cette caserne de pompiers.

Lisette me regarda, et je ne sais pourquoi, à sentir posées sur moi ses deux prunelles vives et brunes, je me sentis encouragé à narrer le plus grand évènement que j’eus à me remémorer jusqu’à présent…

Je n’en avais pas envie, mais Pat avait déjà raconté son long séjour en mer, en voyageur presque illicite, mais toléré, et Lisette son aventure formidable relatant son mini séjour dans un cirque.

C’était mon tour...

Un temps de chien !

Toute la famille allait aux sports d’hiver ! Le bonheur donc !

Nous étions partis à l’aube de ce merveilleux jour de Pâques, du sud de l’Espagne, et espérions arriver à Chamonix vers la fin de journée.

Dans la grande voiture bien chauffée, j’avais la meilleure place, « casé » entre Daphné (la cadette) et Julien, et nous étions sereinement assis tous les trois, sécurisés,  comme il se doit pour un long voyage.

Le paysage défilait, il faisait encore bon à cet endroit, un lieu que ma jeunesse et ma méconnaissance géographique ne me permettent pas de nommer ; les grandes montagnes pyrénéennes étaient encore visibles de la vitre arrière de notre automobile.

Jacques et Pascaline devisaient tranquillement sur des annotations inscrites sur les dépliants que l’hôtel où nous devions être hébergés tous les cinq avait envoyé il y a quelques mois. De tous les sites proposés, Pascaline et Jacques avaient sélectionné celui-ci, pour je ne savais à l’époque quelle raison préférentielle. Mais le choix s’était déterminé dans les rires et la joie, comme tout ce qui se décidait dans ma famille.

  Julien me donnait à manger un nounours au chocolat, (friandise appréciée de tous) et Daphné décortiquait une cacahuète, lorsque soudain un tremblement de la voiture nous fit cesser, à nous autres derrière, toute activité, si gustative qu’elle soit !

Jacques jura, Pascaline gémit : un pneu venait de crever, d’après ce que j’en compris.

La voiture se gara doucement sur le bas-côté, ce n’était pas si grave après tout, simplement nous arriverions très tard au chalet, et la nuit tombait vite à cette époque dans les Alpes, parait-il ! Jacques répara, le rire cristallin revint aux lèvres de Pascaline, nous en avions profité pour nous dégourdir les jambes dans le champ d’à coté, le voyage était retardé mais le bonheur était toujours là!

Sans problème, les kilomètres se poursuivaient, sans lassitude… le fil routier nous envahissait d’une douce torpeur, ce celles qui vous tranquillisent et vous fait sommeiller, le regard immobile sur les horizons lointains…La nuit était tombée, la grande route abandonnée depuis longtemps,  nous montions des voies bordées de pentes rocheuses escarpées, un peu inquiétantes dans la pénombre fluorescente.

Nous étions presque endormis, quand Pascaline nous dit en souriant, de l’air de : « Regardez-cela-je-connais,-et-pas-vous,-mais-c’est-beau ! ».

La voiture stoppa sur une minuscule place d’une mairie villageoise.

Julien, le plus grand, avait déjà vu lors d’un séjour scolaire passé ces fleurs de neige, voltigeantes et graciles, mais glacées et fondantes. Daphné et moi restions dubitatifs : c’était donc cela la neige ? Tout ce blanc ? C’était spécial, insolite, incroyable ! Il faut bien expliquer que cet exploit des hivers et du froid ne pouvait exister dans notre lieu de villégiature habituel.

Nous étions gelés, Pascaline ordonna le retrait dans la voiture, et croyez-moi, nous obéîmes sans discuter ! Jacques de moquait un peu de nous, mais les iris au fond de ses yeux nous offraient toute sa tendresse...

Tout était calme ; Pascaline, Daphné et Julien sommeillaient ; je restais éveillé, mal à l’aise de toute cette solitude sur cette petite route grimpante, enfermée de hauts pans de roches blanches et gelées. Jacques chantonnait tout doucement, presque en chuchotant…

… Du fond de la nuit, après un virage accentué, deux lunes jaunes vinrent subitement et rapidement vers nous ; je vis un éclair, j’entendis des sons déchirants de tôle froissée, ça sentait l’essence.

Julien ne bougeait plus, il respirait étrangement,  Pascaline hurlait frénétiquement, Daphné gémissait et tremblait, et Jacques… Jacques était invisible.

 Je parvins à m’extirper de la voiture sans trop de peine par la vitre droite, explosée. J’essayais d’aider Daphné à enlever sa ceinture de sécurité, mais je ne sais quelle panique m’envahissait, je n’arrivais à rien et je m’agitais,  choqué sans doute, je m’égosillais, inutile, puis je m’éloignais et revenais spasmodiquement de et vers ce qui avait été notre berline familiale.

Elle ressemblait à présent à une masse d’où des fluides s’échappaient, je sentais l’odeur du sang, j’avais peur, j’avais peur, j’avais peur… Je hurlais…

Daphné pleurait encore et Pascaline criait aussi.

C’est au moment où je décidais de revenir vers elles après un de mes inexplicables éloignements instinctifs,  que l’explosion eut lieu.

Le brûlant brasier m’interdisait de m’approcher davantage, Pascaline s’était définitivement tue, Daphné appela douloureusement sa mère une fois, d’un long cri du dernier souffle, et je ne l’entendis plus jamais…

J’étais figé, anéanti, je restais ainsi un long moment me sembla-t’il…je m’allongeais le plus près possible du grand feu, son odeur était insoutenable…

Les fleurs de neige commençaient à me recouvrir comme un linceul. Mes récents souvenirs se heurtaient à la réalité de l’instant funeste, je ne sais comment j’eus la force de me signaler à l’homme vêtu de cuir noir qui était arrivé à descendre la pente raide avec ses amis, un long temps après…

Leur voiture hurlante toute rouge était garée là-haut, aux côtés du grand camion sombre stoppé dans sa course. Un curieux éclairage bleu vacillait dans la nuit fleurie de flocons blancs.

L’homme me prit dans ses bras, je pensais irrépressiblement à Jacques, il me semblait ressentir une chaleur affectueuse dans ces bras là. Une larme perlait au coin de ses grands yeux …

« -Il ne faut pas rester là, Bonhomme, ce n’est pas bon..."

Sa voix était ferme, mais si douce... Je gémis…

Je  n’essayais même pas de m’échapper, j’étais ankylosé, à la limite de la souffrance extrême,  et c’était insupportable, j’étais envahi par la peur, l’angoisse, la terrible peine…

Il me remonta, il s’aidait avec des cordages, là-haut je vis ce qu’il restait de Jacques, j’eus un sursaut, un hurlement lugubre m’échappa, je vomis…

L’homme me déposa délicatement sur la couchette du grand camion rouge. Je sombrais dans une léthargie étrange, j’entendais de façon très lointaine des bruits de déblaiements, de sirènes, des ordres dans tout ce désordre.

…L’aube m’a retrouvé, hagard, pétrifié, au même endroit.

Je ne saignais plus de la tête… un de mes membres était tout dur, mais je ne sentais pas le mal. Un gros bandage l’enserrait ; je n’avais pas eu conscience de ce soin…

…Les fleurs de neige étaient parties, un pâle soleil éclairait à présent le ravin meurtrier.

 

 

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Je léchais mes pattes roussies par l’incendie… l’homme revenait, il tenait dans sa main dégantée mon collier de noël que j’avais eu en arrivant dans ma famille à cette époque là, ma date de naissance et mon nom étaient inscrits dessus. Il m’observa gentiment, me caressa, et me dit :

         - « Tu sais, j’ai bien envie d’un brave et gentil toutou, Philou! 

 

 
Étienne se tourna vers un des autres hommes en noir,  je percevais leur fatigue et leur émotion, leur chagrin à tous. Leurs vêtements étaient poussiéreux et sales.

Il soupira et dit :

         - « Je vais le garder, tu sais. Il a pratiquement six mois. » Il triturait mon collier, que j’avais dû perdre en bas.

- « Sale boulot tout de même parfois ! Pas un rescapé, à part celui-là, » répondait l’autre homme en me montrant du doigt.


-  Oui… Même le routier est mort. Dire qu’ils étaient presque arrivés ! Le seul hôtel de la région où les animaux sont acceptés en plus ! Ce devait être de braves gens… » Répondit tristement l’homme qui m’avait remonté de l’enfer, et ses mots étaient lents. «  Cette chute de neige imprévue en est l’origine, il n’y avait aucune visibilité.


- Hélas ! Un vrai temps de chien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 avril 2008

Mon ami David est artiste ...
Mon ami Jean est chroniqueur...

Que peut offrir une alchimie bien précise sur un simple texte???

Cela :

http://arbrechaman.free.fr/Parfums.htm


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29 janvier 2008

Parfums...

Emanations

« Te lire », a dit l’Amant à sa Reine, « c’est te dévisager du bout des doigts, et sentir ton parfum sur mes lèvres… »

« Te lire », a dit la Lune à la Terre, « c’est y voir mon reflet dans l’étang de tes yeux, et humer le matin tes brumes vespérales… »

« Te lire », a dit la Mère à l’Enfant, « c’est contempler l’amour entier dans ton regard, et fleurer l’odeur du lait sur ta peau... »

 « Te lire », a dit l’Océan à la Plage, « c’est mouiller de caresses ton rivage pour y inscrire la nuit, et flairer l’algue brodée sur tes falaises… »

« Te lire », a dit le Fils au Vieil Homme, « c’est détailler les rides sculptées par ton destin, et respirer les effluences du labeur sur ta houppelande … »

 « Te lire », a dit le Fleuve à la Montagne, « c’est décrypter tes dures roches pour mieux te contourner, et inhaler en passant tes forêts, tes collines et tes prés… »

« Te lire », a dit la Fillette au Lapin, « c’est froisser tes oreilles dorées dans la transparence de l’été, et respirer sur ta pelisse l’arôme du serpolet… »

Inflorescences…

 

«  Te lire », a dit l’Iris à la Violette, « c’est découvrir le diamant de ton cœur sous la verdure, et me pénétrer de ton bouquet violacé… »

« Te lire », a dit Chien à son Maître, « c’est tranquillement t’observer pour comprendre tes besoins, et renifler ardemment l’aura de tes plaisirs ou de tes peurs… »

 « Te lire », a dit la Porte à la Maison, « c’est apercevoir ton armoire cirée et haleiner les fumets domestiques en t’ouvrant… »

« Te lire, a dit l’Espace à la Planète, « c’est me souvenir de ta création et examiner les tiennes, et parfumer tes émois et tes sursauts des teintes de l’arc-en-ciel…

«  Te lire, a dit l’Abeille à la Fleur, « c’est transporter la vie sur une autre corolle, et colorer ton odeur enluminée de miel… »

« Te lire », a dit l’Educateur à l’Orphelin, « c’est te transmettre nos lois et nos règles pour te faire un nom, et te donner le goût salé et sucré se tes rires et de tes pleurs… »

 « Te lire », a dit le Vent à l’Arbre, « c’est transpercer tes branches pour ciseler ton écorce, et y exhaler mes effluves les plus subtils… »

 

Haleine…

 

« Te lire », a dit la Main à l’Œil, « c’est de me tendre vers toi, qui déchiffre les mots que j’inscris sur la trame inodore d’une toile… »

« Te lire », a dit l’Eau du ciel à l’Orage, « c’est zébrer ta lumière et sentir le frisson te gagner en puissance à mon unisson… »

 « Te lire », a dit le Lecteur à l’Auteur, « c’est parcourir ton voyage sans contrainte, et ressentir les fragrances de tes images et idées… »

« Te lire », a dit la Mort à la Naissance, « c’est savoir t’attendre sans trop tôt te prendre, pour que l’estime de ta perte te redonne ta liberté…»

 

Empyreume...

« Vous lire », a dit la Vie à Tous, « c’est vous aimer… »

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30 août 2007

LE DICTIONNAIRE

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LE DICTIONNAIRE

Définition : Recueil des mots d’une langue, des termes d’une science ou d’un art, rangés par ordre alphabétique…

C’est froid, une définition, mais celle-ci a au moins le mérite de porter presque en son cœur le mot recueil…Un mot qui sent la collecte, l’étrange et l’inconnu, un mot qui se feuillette avec les doigts, avec les yeux, avec la tête…

Un livre qui se découvre petit à petit mais que l’on ne connaît jamais tout à fait ; qui porte en lui le rêve et le voyage, l’au-delà du quotidien, les pensées sauvages.

Un jouet raisonnable, un instrument de travail distrayant : on en caresse les pages et les images au hasard, sans chercher forcément un mot spécial, on reste des heures devant une reproduction ou un terme jusqu’à l’intégrer, jusqu’à en devenir « savant »…

Le désordre dans l’ordre…

De l’outil laborieux, malgré sa couverture rébarbative et craquante de papier d’emballage brune (ou « bleue scolaire »), on en vient ensuite au jeu sérieux…

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Version 1935

…France, 1958 ; Thiérache, (département de l’Aisne).

… Nous étions trois bambins à vivre ensemble en pleine nature dans une famille de garde forestier. La maison était chaleureuse et accueillante, l’argent était rare évidemment comme souvent à cette époque, la débrouillardise et l’autarcie étaient les moteurs de la vie habituelle.

Sur la colline esseulée et arrondie, et audacieusement flanquée de deux grands sapins sur la gauche et d’un immense jardin à droite, la maison de briques rouges au toit bleu gris d’ardoises s’organise hiver comme été autour des animaux et de la forêt. Sa porte d’entrée révèle lorsqu’elle est ouverte une cuisine assez large, qui donne sur l’étable de nos deux vaches ; Attenant à l’étable, la soue, le poulailler et les cabinets (et oui ! un trou confortable sur un meuble de bois ! Nos petits derrières roses se sont-ils assez encrés en ce temps-là avec le papier des journaux minutieusement coupés une fois lus, et qui servaient de….vous devinez quoi !) ; Puis vient le bâtiment à bois qui ne contient jamais entièrement tous les stères indispensables aux besoins annuels de chauffages et de cuissons.

De l’autre côté de la cuisine, la grande salle, à la fois dortoir et salle à manger, offre aux regards ses deux vastes lits superbement recouverts par Mémé de tissus fleuris , une machine à coudre à pédales (Original Victoria), une gigantesque armoire où logent, pliés et odorants, linge et vêtements, un gros poêle Gaudin merveilleusement peint de roses bleues, et une table centrale autour de laquelle nous nous poursuivons inlassablement en cas de mauvais temps (une dizaine de chaises tressées de paille plus ou moins bien rangées l’entourent). Un bahut conserve le long d’un des murs les choses mystérieuses et les secrets celés des adultes, et, dans l’angle le moins éclairé, une autre table, géante à nos yeux de petits enfants et peinte de sombre, sert à empiler je ne sais plus trop quoi ; elle est surmontée d’étagères de la même teinte.…

Cette table ? à éviter, le Grand-père n’hésite pas à se faire respecter ! Pas touche, les Mômes !

…Les jouets étaient rares : à part les Nounours (un différent pour chaque enfant), ils étaient tous fait maison : les deux « catins* » et leurs habits de rechange, leur lit échafaudé dans une caisse en bois joliment tapissée de tissu percale clair et gai, quelques écuelles en guise de dînette (fonte, bois et terre), une locomotive et son tandem en fer.

Nous n’avions pas de crayons de couleur, pas de peinture, un stylo bic était précieux, le porte-plume et la bouteille d’encre noire aussi, même le papier vierge était sauvegardé méticuleusement. (Sur la table à  "pas touche" !)

Mais tout papier d’emballage était repassé avec les vieux fers qui chauffaient sempiternellement près de la cafetière, sur un coin de la cuisinière, et Grand-père nous taillait toujours très soigneusement de la pointe de son couteau (Opinel) les crayons « noirs ».

Je me souviens aussi que du minuscule meuble de couture de Mémé s’écoulaient, si l’on savait s’y prendre, (et on savait, n’en doutez pas !) des boutons sublimes, incongrus, dépareillés, qui nous servaient de perles.

Au-delà de l'ancestrale habitation, l’espace, émaillé de vaches et de moutons, vert, feuillu, marbré des couleurs sombres des arbustes à baies, des caducs et persistants, ondulait sous un vent perpétuellement sonore, et notre vivacité s’en nourrissait intensément.

La terre glaise du ruisselet nous offrait les délices du modelage, les fleurs des champs ceux des bouquets floraux ; nous apprivoisions les animaux fermiers avec constance et beaucoup d’amour, ils étaient ensuite tués pour les repas devant nous, qui détalions, horrifiés, mais nous connaissions déjà inconsciemment le prix à payer pour manger de la viande de temps à autre. (Volailles et lapins)

La pâture érigeait son petit théâtre de verdure sur lequel nous jouions des scénettes et chantions des refrains inventés (une dénivellation du pré figurait coulisse et scène), la forêt se construisait soudainement de cabanes, la coquette petite barrière blanche et grinçante de la petite cour d’entrée nous servait de balançoire et les dalles d’ardoises brutes serties au sol, de marelle.

Le gigantesque chêne accroché au bas de la colline nous fournissait tous les glands dont nous avions besoin pour nos minuscules bestioles recomposées, ses énormes racines garnies de mousse nous trouvaient parfois allongés sereinement entre elles.

Fram, gentil chien bâtard noir et blanc, s’acoquinait régulièrement de nos présences malicieuses mais toujours respectueuses : tuer pour manger, certes, taquiner passait, nuire sans raison, nous n’y pensions même pas.

Derrière la grande pièce à vivre, une chambre réservée aux grands-parents aussi immense que la salle continuait le prolongement de notre demeure,  suivie d’une autre plus petite pour les Arrières Grands Parents, le tout meublé de bois exclusivement. Un escalier rampait en descendant de cette pièce et en grognant au moindre courant d’air pour mener à la cave à fromages.

Du minuscule couloir servant à garder les pains, un autre escalier grimpait alors dans un endroit qui nous faisait un peu peur, à savoir le fameux grenier : un antre énigmatique où un tas de vieilleries s’entassait pèle mêle, et qui dissimulait ses mystères d’avant guerre que nous fouillions sans vergogne ! Rien ne nous plaisait plus que de monter fourrager au grenier, mais nous n’osions y  grimper qu’accompagnés d’un(e) adulte… Les cadres des ancêtres austères paraissaient nous observer avec mépris, et il nous semblait que les objets nous étaient vaguement hostiles et qu’ils nous ordonnaient de chuchoter pour ne pas les éveiller de leur passé ouaté…

Nous en redescendions poussiéreux et heureux, palpitants et soulagés, déguisés des fanfreluches anciennes et démodées, avec quelques colifichets que notre Grand-mère souriante situait avec précision dans les rides et méandres de son existence.

« -c’était à tante Andrée, ce sac. »

Ou bien :

« -ah tu as trouvé la vieille baratte à beurre ! Mais qu’est-ce que tu vas faire encore de ça ? »

Et encore :

« -Mais ! Ce sont les tabliers de ma mère ! Attends là un peu que je voie si je ne peux pas en retirer quelques bons chiffons ! »

Puis lassés et comme engourdis de notre intrusion, nous courrions à perdre haleine dans la pâture en hurlant de joie et nos yeux se dessillaient alors dans la lumière du jour, crue et éclaboussante...

…Si les jeux d’intérieurs étaient sensés devoir être plus calmes, il fallait bien tout de même nous occuper ! Une bande d’enfants heureux, même petite, (il y avait en plus deux autres « Tiots Mouflets ») ne peut rester des heures sans rien imaginer ni bâtir.

Et les soirées étaient aussi sources « de retour au calme », la preuve :

Jouer au « poste TSF » nous arrachait des « srrouikksss et des scrrrouchts,  » entrecoupés comme il se doit de lambeaux de chansons, de paroles, de bruits divers, et nous tournions pour une bonne réception du son les doigts tendus de « l’enfant-poste » avec amusement et application ; chacun notre tour nous nous évadions ainsi dans des informations enfantines et joyeuses et des jeux radiophoniques fantaisistes, tandis que les deux autres réglaient et écoutaient le poste.

Jouer « au train » nous faisait déplacer sans douceur quatre chaises face à face et nous les arrangions « façon wagon » sous une des fenêtres. Nous tressautions alors allégrement sur des cahots ferroviaires, aussi imaginaires que trépidants, et nous voyions les paysages défiler à grande vitesse. Nos exclamations ressortaient ce que nous avions pu apercevoir ailleurs, nous nous extasions sincèrement sur de grands monuments ou des situations cocasses mimées. Il va sans dire que le contrôleur poinçonnait nos billets signés malhabilement de noms de villes soi-disant lointaines… (Un des adultes qui circulaient par là au hasard de leurs passages était harponné d’une supplique vite accordée.)

Jouer à ce jeu insolite « attention à la population » relevait du pur baroque : trois joueurs, trois rôles : le Regardeur (qui devait écouter !), le Pinceur, et le Causeur.

Le Causeur, les lèvres tenues pincées entre les mains du comparse Pinceur, devait articuler clairement cette expression intégrée dans une histoire (logique de préférence, mais la logique des enfants !) sans que l’autre puisse deviner qu’il allait la sortir ! Le « Pinceur » devait l’en empêcher « juste à temps », en lui refermant la bouche, mais le Causeur narrait évidemment des histoires qui suscitaient l’attention et la curiosité pour en faire oublier l’interdit, et clamait très rapidement l’expression

Tous nous  gagnions autant que nous perdions, dans des éclats de rire. Le Regardeur décidait si oui ou non le Causeur avait réussi son défi.

Ce genre de « retour au calme », assez bruyant il faut bien le dire, enclenchait naturellement au bout de quelque temps un excédé quoique amusé :

« -Ne faites pas tant de bruit les enfants ! Et rangez un peu que j’ai un peu de répit ! » destiné à la petite troupe !

L’imagination fertile des « bambins » utilise absolument tout ce qu’elle peut saisir à sa portée pour s’évader… Peu de jouets et beaucoup de jeux…

…L’austère table noire recelait un trésor : un vieux et lourd bouquin cartonné d’ocre, écrit en noir et blanc, que nous donnait la Grand-mère, lorsqu’elle ne pouvait plus supporter nos chahuts bruyants et nos gambades intempestives, et alors nos petites pattes salies de nos jeux poussiéreux étaient vite rincées à l’eau froide !

Des trois livres existant à l’époque dans la maison, c’était évidemment notre préféré, que nous sachions lire ou pas, à nous enfants un peu farouches et campagnards qui poussions avec bonheur et liberté dans un espace immense, entourés d’arbres et de ruisseaux, d’un village excentré, et d’une école à classe unique.

Nous étions souvent dehors hors scolarité,  mais au cœur de l’hiver ou le soir, tous installés dans le même lit, à l’aise et au chaud sous la plume, nous jouions au DICTIONNAIRE.  

…Nos jeux avec ce livre fantastique s’apprirent au fil du temps, ils se différencièrent petit à petit, devinrent de plus en plus élaborés car nous les peaufinions en prenant de l’âge ; je les ai transmis à mes enfants, étant l’heureuse détentrice de ce vieux trésor qui ne passionnait guère une fois adultes les deux autres compagnons, et qui préférèrent l’une des casseroles, l’autre une culotte de velours côtelé du  vieillard. Chacun a placé sur les vétustes objets l’attrait affectif qu’il y portait, la grande est devenue enseignante amoureuse d’art culinaire, le garçon un adulte accompli qui s’occupe avec efficacité et chaleur de SDF, et je continue à effeuiller les pages de la vie et lire et écrire… et surtout rêver…

…Je n’affectionne guère les dictionnaires nouveaux sans images, ou alors trop brillants, trop nets, trop directs. Ces « dicos » là sont fonctionnels, utiles, efficaces. J’en ai souvent besoin. Mais il est impossible de « jouer » avec eux, de les chérir de la même manière.

…Mes deux enfants s’en sont amusés autant que nous trois avions pu le faire il y a un tout petit peu moins de cinquante ans…

Je ne sais encore à présent, qui voit avec tendresse se profiler le nouveau profil de grand-maman à mon tour, ni me lasser de tourner les vieilles pages flétries à l’odeur ancienne, pour y découvrir de nouveaux  mots et de nouvelles  images et m’étonner de leur passage stoïque dans le temps, ni me priver du plaisir partagé que nous éprouvons ensemble à deviner les curieuses  reproductions en noir et blanc d’objets souvent devenus anachroniques.

C’est la caresse d’une enfance inoubliable liée par ce livre (entre autres) à celles très modernes de ma fille et de mon fils.

Nous ne savions pas, enfants, que nous jouions aux « savants », mais nous l’étions déjà puisque nous avions en nous l’essentiel : l’amour des mots et de l’évasion...

*catin : nom que l’on donnait dans mon village natal à nos poupées de chiffon ; ce n’était pas péjoratif. Leurs visages étaient très bien brodés, leurs cheveux de fils étaient toujours en chignons ou en nattes, leurs vêtements cousus à petits points soignés. Elles traversaient au moins deux générations.

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LES JEUX DU DICTIONNAIRE :

1)      Deviner les mots dessinés :

Dans les anciens dictionnaires, chaque nouvelle lettre commençait avec une demie page dessinée d’une scène ne contenant que des objets ou symboles  dont les initiales était justement cette lettre.

Il nous fallait en reconnaître -ou deviner- un maximum de mots lui correspondant ; chercher leur fonction ou utilisation, parfois leur provenance. Ce n’était pas forcément facile de retrouver leur définition lorsque nous ne savions les nommer !

En général, les mots dessinés sur la page de présentation de la lettre étaient reproduits par la suite au côté de sa définition, mais pas toujours.

Certains mots ou ustensiles me sont encore inconnus aujourd’hui. Peut-être n’existent-ils plus, ou ont-ils été remplacés, le langage évolue.

Exemple :

F, comme FORUM !

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2)      Définir les mots :

C’est un jeu connu des lycéens et étudiants, en tout cas dans les années 70. Il fallait avoir un dictionnaire et être au moins cinq pour s’amuser vraiment, et quelques heures de «cours ennuyeux » se sont  égayées des fous rires contenus à la lecture de nos discrets petits papiers ! (hé hé les Profs !)

Nous découpions des pages blanches en  morceaux  identiques ; le maître du jeu (chacun son tour) trouvait un mot généralement incongru dans le dictionnaire et inscrivait sa véritable définition sur son papier, tandis que les autres inscrivaient sur le leur ce qu’ils en interprétaient, et ceci dans le plus pur « style dico ! »

Exemple :

GALIPOTER : cinq définition, à vous de choisir la bonne !

a)      v.t. enduire de galipot.

b)      v.t. faire des cabrioles, culbuter.

c)      v.t. organiser une fête. Québec.

d)      v.t. action qui consiste à ourler légèrement par pliage un jupon de tulle. (ancien)

e)      v.t. (du grec, galac, lait) action qui consiste à mettre en égouttoir un fromage frais. (ancien)

Il fallait évidemment trouver la bonne définition, en ce cas nous avions cinq points, tout comme le Maître des jeux si personne n’avait choisi la sienne (authentique celle-là), et les personnes qui avaient voté pour votre définition vous en donnaient deux.

3)      Le mot du hasard :

Là c’était plus simple, en ouvrant le livre au hasard, nous devions choisir un mot, puis pour chacune de ses lettres tâcher de le définir le plus rapidement possible, genre acrostiche. (Nous ne connaissions pas ce mot à l’époque.)

Exemple :

LAMPE : Lumière Apprivoisée Mais Parfois Éteinte.

…Un mot pouvait nous tenir éveillé ou en haleine durant pas mal de temps !

…Il y eut bien sûr d’autres jeux avec ce livre merveilleux, avec les suffixes, les abréviations, la phonétique etc. mais ces trois là furent nos préférés, de l’enfance à l’adolescence, et encore à présent il nous prend l’envie irrésistible de nous installer autour d’une table avec notre bon Dico actuel !

En revenant au contexte de l'époque, comment ne pas comprendre notre amour des mots à tous les trois!

S, comme SOURIRE! Et bon amusement :)

dico_016

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15 juin 2007

Affabilités malsaines.

Affabilité malsaine...

Un rendez vous dans un centre de radiologie, un rendez vous médical comme un autre, pour mon fils, qui n’a pas 18ans, donc pas de permis de conduire encore, et une partie de mon rôle de mère consiste à le véhiculer jusqu’à la ville.

C’est une fin d’après-midi agréable pour quiconque n’attend pas dans une salle d’attente surchauffée.

Il avait un rendez-vous, évidemment, mais il n’est passé que trois quarts d’heure après.

J’ai vu avec colère deux personnes arrivées après nous, avoir leur heure officielle de rendez-vous derrière la sienne lui passer devant en toute sérénité ! Le droit d’octroi des personnes « suivies » dans ce petit cabinet de province sans doute,  alors que mon fils est venu ici simplement en dépannage, car Paris entre les examens du bac, ça fait vraiment loin et trop !

Bref… la rancœur bornée des provinces…

Nous nous sommes regardés, et n’avons pas protesté.

Durant son passage en cabinet, j’attends sagement debout dans une salle d’attente jouxtant la partie « accueil » du laboratoire. Il fait chaud, les grandes baies ne sont pas ouvertes, (pourquoi misère, mais pourquoi des fenêtres sempiternellement fermées quand il fait beau et chaud dans les lieux collectifs ! ????) et l’odeur est devenue au fil de la journée…  peu attrayante, dira t-on !

…Un effluve renfermé constitué de sueur, de pieds chauds, de peur de la maladie, de plaies et d’attente…

Je me déplace vers l’accueil, je n’étais du reste pas assise, (Pas assez de chaises). J’avais feuilleté un moment, accolée contre la grande baie du fond qui souriait de soleil, des revues insipides que j’avais rapidement reposées.

Je me dirige vers l’entrée, la porte, regarde dehors, je « vague » … j’attends vous comprenez ? Une radioscopie importante et ses mesures.

Je repasse devant le large bureau laqué aux téléphones et ordinateurs brillants blanc, je suis près de la fenêtre opposée, celle qui donne sur une petite cour intérieure agrémentée d’un gigantesque lilas qui je crois de par la couleur de l’écorce a fleuri rose ce printemps, (la saison florale est finie), puis je reste deux minutes à détailler les sculptures anciennes internes au patio, sur les étages médiévaux cachés de la grand-rue. Là, j’entends comme en flou les deux secrétaires chuchoter entre elles quelques paroles à propos de vernis rouge, liées à une ballade à Paris, je n’écoute vraiment pas, nous sommes seules toutes les trois dans cette vaste antichambre de paiements et de résultats de toutes sortes.

Je repars vers la porte, leurs paroles enfoncées de futilité m’agacent à ce moment.

La porte d’entrée, éloignée de trois mètres du bureau d’accueil, est fermée. J’y suis.

Je n’entends plus les dames blanches, mon regard erre sur le merisier bien taché de rouge situé juste en face. J’entrouvre discrètement un tout petit peu le baillant de gauche et je respire. J’entends les oiseaux.

J’attends. Je suis calme.

Une patiente est en train de réglet son examen au bureau ; deux autres ressortent des cabines et récupèrent leurs cartes vitales  devant les deux secrétaires  qui ne chuchotent plus.

Soudain, des pas feutrés glissent à mon côté.

Je n’ai rien entendu venir, et sursaute lorsqu’on me demande à voix haute (Mince ! que c’est sonore ce couloir !) :

« - Et la p’tite dame là elle veut quoi ? » le ton est à peine poli…

Je suis respectueuse, la  p’tite dame répond courtoisement :

« -J’attends mon fils qui est en train de passer une radio. »

Il me demande nos noms, je lui dis.

« -Oh mais allez vous asseoir, il ne faut pas rester debout comme cela ! »

J’ai envie de rétorquer que la p’tite dame en question est très bien debout et que de toute manière, il n’y a plus de chaises, mais bon… je suis d’un naturel affable et civilisé…

J’explique donc simplement et gentiment à ce grand monsieur vêtu d’une blouse de médecin qui relève si fort le menton pour mieux vous toiser (ou pour faire plus jeune ???) que je suis très bien ainsi.

Son ton révèle la pédance et son mépris, impossible de s’y tromper, il me méprise.

Il ajoute sentencieusement :

-« Oh mais ici c’est réservé à mes secrétaires et à moi-même seulement, vous ne pouvez pas rester car vous pourriez entendre des choses qui ne vous regardent pas ! » , dit-il bien fort en regardant en l’air.

Au même moment, il essaie de me prendre par les épaules pour me guider vers la salle d’attente je suppose.

Je ne goûte pas particulièrement ce genre de paternalisme odieux, surtout  de la part de gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam en plus !

Je suis médusée ! Mais je vous assure que ce grand ponte a eu la honte de voir que mes réflexes étaient particulièrement acérés quand il s’agit de me protéger d’intrusions que je qualifie de « sans-gêne ».

J’ai glissé souplement pour échapper à l’étreinte. Il a regardé vivement si les gens voyaient la scène de la porte entrebâillée de la salle d’attente. Il avait parlé fort et tout ce qui peut retenir l’attention et troubler une attente est bienvenu.

Je l’ai regardé bien en face, son regard fuyait à l’opposé, et ai lancé calmement :

« -mais c’est de la parano ! Je n’entends rien d’ici et puisque c’est cela je préfère attendre dehors ! De plus il y a plein de monde là! »

Médusé à son tour que j’ai « osé le contrarier », de geste et de paroles, et devant les sourires idiots et énamourés des secrétaires et celui un peu plus intelligent des patients (juste mot J ) il est reparti de suite dans son antre sacro-sainte, le menton toujours relevé, vexé dans sa superbe, à n’en pas douter.

…Je me gave des merises qui pendent à l’extérieur du jardin d’en face… elles sont acidulées à souhait…c’est confit de soleil et plein de jus, frais à l’intérieur et ça fait « scrouitch » quand on croque. Hummmm…

…Mon fils m’appelle.

« -Mam ? Tu as récupéré ma carte vitale ? stp ?

   -Non on y va. »

Je repasse devant le bureau, et réclame la carte et la radio, mon fils n’a visiblement pas envie de le faire.

Les deux dames m’observent, je les sens incommodées par « l’évènement ».

Elle sont légèrement agressive et me demande le dossier complet de mon fils, à quoi je leur rétorque qu’il est ici pour une seule radio, qu’il est suivi ailleurs et que cela ne les concerne plus.

Je réclame la carte, Thibaud est pris à cent pour cent à la sécurité sociale, aucun échange d’argent donc.

Cela semble les frustrer.

Je réclame l’examen aussi bien sur.

Réponse :

« -Et bien le médecin n’a pas eu le temps de calculer les mesures, donc il faudra revenir les chercher après le week-end. »

J’explique un peu à mon fils ce qu’il s’est passé, ses yeux sont interrogatifs, ce n’est rien mais il se demande visiblement « ce qui cloche ». Il est surpris du ton, du « problème » que cela semble soulever aux deux femmes.

J’acquiesce aimablement, c’est normal, je sais que les mesures sont très particulières et qu’il faut un spécialiste. Je demande cependant une heure et un jour fixe pour cela, l’attente nous a pesé auparavant, et j’explique à ces dames que entre les examens du bac sur plusieurs jours, je n’ai pas trop de temps de faire des transports pour rien.

Une autre secrétaire, nettement plus âgée, arrive alors.

Elle me regarde droit dans les yeux elle. J’apprécie.

« -Mais madame, nous sommes toujours à l’heure ! »

Ah ça ! C’était de trop !

Mon fils a dit doucement aux trois :

« - Je ferais mes radios ailleurs dorénavant. »

Puis il est parti en récupérant sa carte, sans un regard derrière lui.

Définitif.

J’ai haussé un peu ma voix généralement fluette, et rappelé les heures de rendez-vous et les dépassages vécus plus d’une heure avant.

La vieille secrétaire m’a regardé un moment, il m’était impossible de savoir ce qu’elle mettait dans ses yeux.

J’ai admiré sincèrement son calme.

Elle s’est levée et m’a dit, doucement :

«-  Je vais voir cela avec le docteur, Madame. »

…Je sentais par sa voix le M majuscule dans sa phrase…

Je n'ai pas perçu le "d" identiquement...
Il y a des choses inexplicables par l'écriture...

Elle est revenue dix minutes ensuite, c’était assez long !

Je n’ai eu aucune difficulté par la suite pour récupérer à l'heure exacte les mesures de l’examen, au jour dit.

…Le soir, à table, je raconte à ma fille :

« Il y a toujours des gens qui aiment organiser leur pouvoir sur une façade… ils sont chiants et désagréables. C’est agaçant, c’est tout…»

…Mon fils me rappellera simplement qu’il fera désormais ses futurs examens là où il les passe habituellement.

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28 mai 2007

Photo_051ter

Les hirondelles ont à présent le vol sur de leurs parents... Sous la même poutre de la grange que l'année passée, cette fois je démarre le difficile travail de m'essayer au noir et blanc.

je trouve cela infiniment plus exigent que la couleur, qui apaise les petites imperfections de la photographe!

sourire à toutes et à tous.

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07 avril 2007

La basse-cour, première et deuxième parties.


 

Poussins de pâques et autres volatiles…

 

Voilà ! Ils sont là !

Trois oies et cinq canards pour noël, une petite trentaine de poussins mâles et femelles pour la viande et les œufs, et cela en vue de réactiver mon cheptel vieillissant.

Tous les trois ans, je re-métisse les races et les renouvelle pour obtenir une meilleure basse-cour, active, reproductrice et variée.

 

Première étape, prendre une poule déjà expérimentée en maternage et tenter de lui faire admettre quelques temps des petits « tout fait ».

Je place doucement cinq par cinq les petites boules duveteuses âgées de deux heures sous les ailes chaudes d’une maman d’accueil potentiel. (J’ai choisi celle-ci pour son caractère aimable et sa taille conséquente.) Leurs odeurs se mêlent mutuellement. Progressivement, Madame Poule gonfle ses plumes. Je l’amadoue en la sustentant de temps à autre de la bonne pâtée maison bien trempée travaillée pour les bébés.

 

Recette : du blé concassé dans un vieux moulin à café enrichi d’un vieil œuf battu, le tout bien poivré pour donner soif.(impératif l’eau)

J’y ajoute un reste de grains de pollen que je n’utiliserais jamais, un tas de déchets écrasés et surtout beaucoup d’eau de pluie. Bref, le tout forme une purée, hideuse et tiédasse, ce qui ne manquera pas de paraître appétissant à mes ouailles.

 

Pour les oisons j’y ajoute de la salade et de l’herbe coupée.

 

J’en ai préparé presque un kilo pour être nantie les deux premiers jours ; ensuite ils apprendront à picorer de minuscules graines de canaris éparpillées sur l’herbe du jardin.

Puis... tout suivra petit à petit son cours naturel...

 

…Dans la jatte à pain dur trempé, bientôt les mouches viendront s’y reproduire et leur ponte de tendres petits vers blancs assurera un apport de protéines succulent et bienvenu.

 

 

Il faut se méfier des gallinacés : elles aiment la viande, ce sont des animaux qui n’acceptent pas facilement les arrivants : elles les attaquent en groupe et les dévorent vivant.

Ici, la poule est séparée du groupe, mais je sais qu’elle peut d’un instant à l’autre piquer au cou les petits et les secouer jusqu’à les tuer.

Je reste constamment auprès de la couvée, vigilante et observant le moindre signe de rejet.

Lorsque les poussins semblent imprégnés et bien réchauffés -une mère naturelle se serait arrachée les plumes intérieures des ailes et des flancs pour faire office de bouillotte avec la peau-, je dispose une coupe d’eau fraîche sur le fond de la cage (anciennement celle des écureuils, lire épisode précédent !) et adjoint une écuelle de pâtée sur le côté.

 

 

Ce à quoi je voulais arriver se passe : la poule montre la méthode du picorage et les minuscules volaillons s’empressent de suivre l’exemple.

Elle accepte de les réchauffer encore quelques temps après ce premier repas, puis, imprévisiblement, son courroux éclate férocement sur un des poussins qu’elle pince violemment et envoie valser sur un des murs de la cage. Horrifiée, je vois l’oiseau mort et sanglant. Je m’empresse de la rapatrier dans son groupe, toute caquetante de colère, fougueuse et véhémente. Je retourne avec un peu d’exaspération vers la marmaille affolée et piaillante dont il va falloir assurer désormais seule la prime existence.

 

Elle a travaillé durant plusieurs heures.

Faut dire… qui accepterait une trentaine d’enfant en nourriciat imposé à part une poule ?

Bien. Finalement, le travail le plus important est fait, et du reste, il faudra s’en contenter.

 

 

 

Beaux jours :

Il fait si beau que je libère mes petites bêtes à chaque soleil bien chaud Je m’amuse et me régale à les voir brouter et s’ébattre, tout en les surveillant (les chats, les pièges du jardin…)

 

Petit problème :

-les oisons s’entendent avec les canards mais attaquent les poussins.

-Les canards recherchent instinctivement la compagnie des oisons plus grands qu’eux.

-Les poussins se plaisent avec les canetons, qui les réchauffent volontiers.

 -les canards au naturel affable et tranquille, s’entendent avec tous.

 

Bon ! Je résous cela arbitrairement : d’un côté les palmes, de l’autre les « gratteurs ».

J’enferme alternativement les poussins pour les protéger des oisons tandis que je sors ces derniers avec les canetons ; qui se reconnaissent en fin de compte de la même espèce.

 

Des Bêtes et des Humains Basse cour deuxième partie

Au bout de cinq jours, je programme des nettoyages en règle chez mes volailles

Je passe trois bonnes heures à brosser à l’aide d’une brosse à dents souple les pennages des poussins, figés par des tâches de pâtée durcie , j’aère et je lisse les plumes naissantes, car mes petites horreurs sont capables de se manger jusqu’au sang et de se blesser mutuellement s’ils repèrent sur un dos un semblant de pâtée..

Décoller les duvets et petites plumes est indispensable car, au contraire des canetons et oisons qui se lissent et se nettoient depuis tout petits, eux ne se lavent pas encore seuls.

Je n’ai aucun antibiotique et bien qu’ayant prévu des pertes inévitables sur le nombre final, je tiens à les limiter

 

Mes oisons du même âge régentent la marmaille palmée, c’est indéniable

Ils broutent le trèfle, le pissenlit, se régalent des fleurs et de cerfeuil, même mon thym y passe. Il ne faut cependant pas exagérer ma tolérance ; mes plants sont préservés à divers endroits du terrain, mais tout de même !

Un caneton déjà dodu s’aventure devant un vermisseau tortillant et recule, effarouché.

Mais le bec intéressé se rapproche et soudain, perdant toute timidité, le caneton s’en empare et déguste maladroitement ce plat de choix. Puis stoïquement et dandinant, il se dirige vers la coupe d’eau pour se rincer la tête.

 

Arf ! Pardon Jacqueline ! Ton magnifique et démesuré cendrier de cristal (que tu m’as donné lorsque tu as stoppé le tabac) trône au beau milieu de ma pelouse, étincelant et crépitant d’éclairs de soleil. Il a l’avantage d’être stable et solide, et ne se renverse pas. Et je t’assure qu’il fait bon effet ; de sa lumière irradiante émane des flèches qui m’ironisent les yeux…

 

Apres leur premier bain, je joue à la coiffeuse avec les canards que je sèche au séchoir a cheveux (ça sert seulement à cela ce truc là chez moi.) je les ébouriffe tendrement et leurs yeux se ferment de plaisir ; puis, doux et reposés, ils retournent tous dans l’herbe tiédie de soleil.

 

 

Mon regard reste concentré tandis que ma pensée se ramifie à voir le groupe palmé s’ébattre sur l’herbe du jardin de devant.

…Je vois ce bébé oie gris plein de fierté du désir de commandement.

Il se dresse et s’étire en hauteur le plus possible, ses petits moignons d’ailes encore en duvet voletant nerveusement et la tête étendue vers le ciel, bec dressé, port altier.

Il est le maître des oies et des canards.

Ce doit être un jars…

Il mène tambour battant sa petite troupe et n’hésite pas à pincer les récalcitrants.

Je réalise que je dois laisser cet oison (que je baptise Monarque en moi même) commander et le laisse donc maltraiter un peu (du moins de mon opinion d’humaine) les autres.

J’étudie la différence d’attaque de bec entre ceux qu’il veut faire suivre et obéir, et ceux (les poussins) qu’il veut irrémédiablement chasser donc tuer. Le bec se fait moins piquant, l’injonction dans le mouvement est moins agressif.

J’observe néanmoins que les canetons, tout en recherchant sa protection, et même s’ils ne se dérobent pas aux coups de bec, s’écartent de son passage.

 

Il faudra qu’ils se régentent seuls dans quelques jours…le règne de cet oison sera ma liberté.

 

…Les images de Rois damasquinés des vieux livres d’histoire me reviennent en filigrane, colorés et dorés, en même temps que l’odeur de craie et d'éponge mouillée des anciennes classes.

Ils portaient des couronnes. Naîssaient-ils toujours couronnés ? Je ne me souviens plus... Quelle hérédité !

 

Jadis, la couronne était aussi une pièce de monnaie ; ce non d’argent venait-il du dessin en effigie posée sur son or ? (Pourquoi n’apprend-on pas ce genre d’anecdote à l’école ?)

Est-ce ainsi qu’à débuté l’idée bien inscrite en notre société actuelle que l’argent était le vrai pouvoir ?

Ou l’a–ton simplement symbolisée ainsi, d’une figurine drastique et royal ?

 

Notre euro a failli être un écu. Ce devait faire trop monarchique pour une partie des pays concernés, républicains…

Nos vrais dirigeants sont très intelligents : ils réfléchissent et décortiquent les implications de leurs actes et édits avec contrôle.

L’euro regroupe bien plus de suffrage avec son concept induit de « grand peuple uni » et cela sans connotation directe économique ni religieuse….
 

…Je reprends le cours de mes contemplations sur les palmipèdes.

Les canetons barbotent dans la vieille poêle à paella immense et emplie d’eau, transformée en mini mare pour l’occasion. C’est un peu juste mais correct pour les premiers bains.

L’un des oisons se gratte un flan avec le rebord aigu du récipient.

C’est incroyable l’intelligence (primaire) des oies : elle savent utiliser un ustensile et s’y adapter.

 

Mais un homme approche…Cette grande masse vêtue de bleu sombre joue inconsciemment les épouvantails et terrorise mes volailles palmées.  Celles-ci se réfugient à mes pieds.

Ils me cancanent aussitôt leur peur et leur effroi.

 

Je connais leurs câlins et la façon de rassurer mes animaux : j’entoure leur bec de la main, délicatement, à la manière ferme et douce de la caresse, en pressions légères et précises.

 

…« Nous nous sommes compris, Oisons bébés : vous êtes les maîtres des Palmes, mais vous m’ordonnez le commandement de votre troupe envers les autres bipèdes… »

Tant de compréhension mutuelle m’effraie, comme à chaque fois dans ces circonstances.

Comment tuer pour manger ceux que l’on commence à aimer, à apprivoiser ?