Feuilllle, Itin'Errance et Natur'Ailes

correspondance et essais, partage et échange, effeuillage au quotidien, voyages et transhumance, nature et poésie...

06 avril 2013

Et si l'école n'était plus un plaisir?

 

"Pour avoir une situation plus tard" : l 'école... NON : rendez-nous les écoles "pour apprendre".

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 ... Années cinquante et quelques.

 

La Petite a presque cinq ans, elle va aller à l'école, comme son ainée, âgée d'un peu plus de deux ans de plus qu'elle.

Elle est heureuse, enfin elle va aller à l'école. Elle pense à sa chance.

A cette époque, on ne va pas à l'école si jeune, il y a peu de maternelles du reste ;

Sauf si...

C'est une période de crise de logements en France : d'une part la population moyenne est pauvre, (la différence entre les classes sociales est énorme) d'autre part après la guerre tout n'est pas reconstruit : pour un simple vingt-cinq M2 où logent plusieurs membres d'une seule famille, et peu importe sa taille, les "dessous de tables" sont obligatoires.

Les ancêtres des "cautions" sans doute.

A part que nul ne les récupéraient.

Alors les parents ont confié un an (ou plus) leurs deux filles, le temps de trouver un habitat et un travail fixe pour le père, ouvrier itinérant et payé à la semaine, car les déplacements pour leurs enfants commencent à devenir problématiques : la grande doit entrer à la vraie école.

Justement, la sœur de la maman est institutrice, est la marraine de l'ainée, et se chargera volontiers d'elles. La mère des fillettes sera rassurée pour ses gamines ; elle sait bien que sa sœur , elle-même maman depuis peu d'un petit garçon, adore ses nièces, elle s'en occupera bien.

Et puis cela mettra "un peu de beurre dans les épinards" de la maman-célibataire-institutrice, qui doit se débrouiller seule pour élever son fils, car elle n'est pas mariée.

... Le chaleureux et minuscule village champêtre du nord qui  accueille l'institutrice a accepté dans ses locaux de fonction une femme seule, institutrice, avec trois enfants. Le bébé va en nourrice la journée, les deux fillettes vont à l'école. Dans la classe de leur tante.

L'ainée est scolarisée "pour de vrai", la cadette pour être gardée en sécurité. Elle aura un pupitre comme tous les élèves et devra se tenir bie, rester calme et faire ce qu'on lui dira de faire, c'est à dire "apprendre".

Elle acquiesse joyeusement : elle a vu des enfants rentrer joyeusement de l'école et dire "que c'est bien". Et ca fait des camarades.

L'école a deux classes  à plusieurs niveaux, mixtes avant l'heure par commodité : un certain Monsieur A. s'occupe des cours moyens et Fin d'Etudes, la tante prend en charge la première classe et celles dites "élémentaires". Ce sont deux classes séparées par une cloison commune, chacune d'elle doit rester silencieuse pour ne pas gêner l'autre.

La petite doit faire comme tout le monde, il n'y a pas de "passe-droit" à cette époque : si on va à école  c'est pour apprendre, et travailler. Peu importe l'âge.

La petite a bien des tremblements dans les jambes de rester si longtemps assise sans trop gesticuler, mais savoir qu'il ne faut parler lui laisse une liberté interne dont elle n'avait pas idée, et qui la régale d'emblée. Elle n'a aucun mal à suivre, elle sait déjà lire et compter.

Mais elle a rarement écrit, et quand elle l'a fait, c'était avec un crayon noir. (Le nom à cette époque du crayon de papier)

A l'école, dès la première classe, c'est le porte-plume et l'encre.

Le crayon noir n'est autorisé que lorsque c'est l'heure et le jour du dessin, c'est à dire, quand tout va bien, une fois par semaine en fin de journée.

La grande difficulté est donc d'écrire : le porte-plume, peu adapté aux petits doigts pourtant habiles à  façonner divers objets en terre glaise, en chiffon ou en bois, (comme tout enfant fabrique ses jouets) crache l'encre violette sans qu'elle en maîtrise l'écoulement ; ceci malgré ses efforts et son application, et elle est réprimandée chaque jour, comme il se doit.

Non pas qu'elle en fasse grand cas, ce qui l'agace surtout c'est de ne pas y arriver. Mais elle a dès le début trouvé la solution : la Petite transforme toutes ces tâches et ratures en végétaux, animaux fantastiques : une araignée tissant sa toile, un nuage avec une forme, comme lorsqu'on les voit dans l'azur quand il fait beau et que la ouate du ciel y navigue paisiblement, un mouton dont elle rajoute des pattes, un bandonéon zigzagant sa musique, une feuille avec une tige...

Elle dessine ses tâches lorsqu'elle a le bonheur de voir "cracher" sa plume. Elle se dit que toute façon elle n'en ai plus à une près, puisque aussi bien elle aura une réflexion sur la malpropreté du cahier, autant que celui-ci lui plaise.

L'école, ce sont des livres qui ne nous appartiennent pas, dans lesquels on puise des merveilles, du moins c'est la sensation qu'éprouve la Petite à l'époque, et des cahiers qui sont à soi. Tout le monde sait que les cahiers sont aux écoliers, qu'ils sont leur travail.

... Et puis, il y a aussi son imaginaire, dont elle ne veut pas se séparer, même à l'école, alors elle transforme la réalité scolaire pour la sienne propre, apprivoisant un travail ardu et laborieux pour en faire un jeu dessiné : par exemple un F majuscule devient une échelle avec de multiple échelons, comme il y en une pour monter au  grenier à foin dans sa maison natale, chez le Grand-père. Un O aura toujours presque caché dans son cercle deux petits yeux, ou une tâche faite exprès pour une bouche. Un E dans l'O (œ) devient un escargot avec une minuscule casquette.

C'est ainsi : il y a des tâches pas exprès, et d'autres exprès pour justifier les premières. Il faut que cela ressemble à quelque chose, qu'elle reconnaisse les histoires qu'elle se raconte ainsi à l'insu des autres, mais il est nécessaire que le figuratif ne le soit qu'à ses yeux, et passe au regard des autres pour des maladresses. De fait, écrire à l'encre et au porte-plume lui restera difficile toute sa vie d'écolière.

Alors elle dessine des tâches, des points, caresse même parfois d'un doigt discret l'encre humide pour l'étaler avec à-propos pour sa "figure", pour "parfaire" l'image minuscule représentée par le biais de l'écriture. Les manches de son tablier sont souvent teintées de violet...

Cependant, par souci que l'on reconnaisse bien ses lettres et ses mots, car elle a bien compris que l'écriture est indispensable pour comprendre et se faire comprendre, pour transmettre et recevoir, elle ne pose pas par exemple le barreau droit de "ses échelles" dans ses F, et la casquette de l'escargot n'est qu'un trait figuratif légèrement arrondi.

Cette écriture fantaisiste et compréhensible par elle-seule, arrangée de traits symbolisant les objets, racontaient une histoire. Mais le travail était respecté : les mots reconnaissables, la consigne suivie.

Apprentissage du "je ne sais pas, mais j'apprends et j'en suis contente". Le plaisir brut d'apprendre pour savoir, comprendre, créer, faire, car c'est le but de l'école : on y apprend. C'est le travail commun de l'école par les enseignants et de l'écolier, chacun à sa place.

... C'est ainsi qu'elle écrira ses premières histoires,  par le biais d'une écriture transformée imperceptiblement en une bande dessinée camouflée et entrelacée discrètement et tendrement dans une phrase d'un programme n'ayant rien à voir avec sa pensée, qu'elle assimilera tout de même sans mal.

Elle écrira des histoires car elle a appris à écrire à l'école. A tenir un porte-plume : donc la patience et la ténacité. Plus tard, elle aimera la littérature, l'histoire et les sciences, et aimera la musique des mathématiques.

 ... C'est long la journée de classe pour elle, elle est au même rythme que les autres un plus âgés qu'elle, mais bien sur elle sait bien qu'elle "doit tenir".

Elle est frustrée chaque matin : elle n'a pas le droit de lire tout haut, ce qu'elle adore, car elle n'est pas une vraie écolière : elle est trop jeune ; et puis de toute façon elle sait déjà ; L'institutrice a beau être sa tante, elle doit apprendre la lecture et "se donner" à ceux qui ne savent pas. C'est normal.

... Parfois, elle écoute la maitresse faire le cours aux grands sur les deux rangées à l'autre bout de la classe: elle raconte l'Histoire. La Grande, celle qui s'est passée et qui "est l'ancêtre du maintenant".

Des hommes préhistoriques, des gaulois, des invasions, des rois. En même temps elle montre des images, et la Petite apprend des tas de mots. Certains sont les mêmes, et ont plusieurs significations. Et d’autres sont différents, mais veulent dire la même chose, à part les « nuances ». Elle se dit qu’il faut surement, quand on est grand, faire attention à bien expliquer alors. Alors elle aimera le dictionnaire, et plus tard bien plus tard, le NET.

La géographie c'est pour tout le monde, mais elle, elle a juste à apprendre  quelques rivières, ou montagnes, ou des villes ;  pareil pour les récitations, elle a juste ce qu'il lui faut pour lui donner envie de faire l'effort d'apprendre sans se décourager ; alors sa mémoire travaille aussi, comme dit sa tante, la maitresse.

Au début, tous les samedis, (ces années-là l'école avait lieu le lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi jusqu'à 16h30), la maîtresse, qui redoutait surement un reproche de favoritisme si elle ne le faisait pas comme c'était l'habitude) attache dans le dos le cahier pour montrer aux autres combien il est "mal tenu". C'est la coutume, mais c'est assez rare car les enfants s'appliquent généralement.

Mais la fillette est trop jeune pour en ressentir de la honte comme c'est l'usage et cela n'a aucun sens pour elle : aussi elle l'oublie dès qu'elle est dehors ou sous le préau et joue avec les autres avec autant d'entrain et de riant autant qu'eux, au lieu de se tenir le dos contre le mur pour cacher les tâches.

Les deux instituteurs s'en rendent compte et elle les entend se dire : "elle s'en fiche, elle est trop jeune ".

Elle ne comprend pas bien de quoi elle "s'en fiche" sur le moment, mais elle s'en souvient, car ils la regardaient, et ils ont retiré le cahier de son dos après seulement trois fois.

Ce jour là elle a appris sans encore en avoir conscience, qu'être jeune, c'est être insouciant.

Les souvenirs heureux, chatoyants de ce début de scolarité dans une campagne et à une époque où l'on ne craignait pas de professer un cours de sciences naturelles sur le terrain, bois ou champ (les courses aux trésors par équipes, bravo à celui ou celle qui trouvait la coccinelle ou le trèfle à quatre feuilles) ou une petite frise de cerise (Oh! les crayons de couleurs, accessibles seulement en classe!) tamponnée de la main sure de la maitresse en fin de semaine sur LE CAHIER comme récompenser le travail assidu, ou mardi-gras se fêtait avec des crêpes faites ensemble sur le poêle près du bureau une fois l'an, (chacun apportait qui un œuf, qui un peu de lait de la vache,  un peu de farine ou de sucre, une couenne de lard neuve, ou même de la confiture!) où trois fois l'an les écoliers sages et respectueux avec simplicité qu'ils étaient admirait une projection d'images sur un drap blanc, fenêtres assombries par les lourds rideaux noirs de l'époque, ou le chant se pratiquait régulièrement sans radio, tout cela reste mêlé aux parfums non pas forcément de l'enfance de la Petite devenue grande, mais surtout à une école qui apprenait.

A cette époque les écoliers allaient à l'école pour apprendre.

A présent les élèves vont à l'école pour se faire une situation pour plus tard. C'est le langage que l'on entend à tout bout de champ : "si tu ne travailles pas bien, tu n'auras pas un bon  emploi plus tard", "si tu ne réussis pas ta scolarité, tu auras des problèmes plus tard", etc...

L'école fabriquerait-elle des coupables?

L'école a t’elle perdu son véritable bon sens : celui de rendre désirable le fait d'apprendre? Sans crainte de l'avenir à la clef, car s'il y a bien une chose qui devrait être agréable à l'enfance, voir même bordée d'insouciance, c'est bien cette préparation à la vie!

L'école n'est-elle plus qu'un gigantesque programme d'apprentissages lourds et conséquents que tout élève doit ingurgiter?

Au risque de faire stresser avant l'heure l'enfance, et le projeter trop tôt dans le monde des adultes.

De quel droit demande-t-on à un enfant d'être si performant?

Et si l'école n'était plus un plaisir?

 

 

Ce n'est pas grave : il faut bien apprendre un jour ou l'autre que le travail n'est pas un plaisir, hein? Comme ça c'est fait, les petits sont prêts à être grands.

 

 

 

 

 

 

 

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12 octobre 2012

moirome

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13 mars 2011

Enquête d'amour

Bon je ne sais pas faire, tant pis.

Ce n'est pas grave.

Mais je tiens à dire que je n'ai pas été malhonnête et que j'ai fais ce qui était demandé.

Je garde mon livre!^^

 

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31 juillet 2010

Bruno.

<p>I Faire belle bouche</p><p>I Faire belle bouche</p>

I Faire belle bouche.

« -Bruno, fait « belle bouche, » mon chéri !


L’enfant rêveur et très jeune retire bientôt ses dents du haut posées sur sa lèvre inférieure, rosée et gercée à force de les supporter.

Du coup, il ôte également ses doigts de la main gauche de son oreille du même côté, qui est devenue rouge sombre à force d’être triturée et pliée.

La fillete observe, elle-même est en train de chiffonner de vieux tissus de grand-mère, pour apprendre à les repasser ensuite, du moins dans sa tête ; elle se souviendra toujours de cet instant fugace et chaleureux, car sans rien en dire elle pense qu’une maman, c’est drôlement vigilant, et drôlement attentionné. Elle ne s’en était pas rendu compte avant.

La cousine a quelques années de plus que ce fils.


La maman repart dans l’arrière cuisine avec sa mère, la Mémé, qui sourit de la petite porte adjacente et qui a vu la scène. Les deux enfants restent ensemble dans la pièce qui plus tard admettra le signe flagrant du progrès de l’époque, une télévision.

La grande porte est ouverte sur la campagne, c’est la saison estivale sûrement. Les vaches ruminent non loin.


Iles enfants se regardent, ils sourient simplement.

Ils ne parlent pas beaucoup.

Sa sœur dort dans la grande chambre commune à côté, ils ne font pas de bruit. C’est un ordre d’adulte.

Ça ne les gène pas.


Il reprendra son oreille et recouvrira sa bouche peu après le départ des deux femmes, et la fillette dira, voulant s’essayer à l’autorité bienveillante maternelle :


« -Fais belle bouche Bruno ! »


Il la regardera de ses deux prunelles sombres, calme et presque sans bouger, et dira simplement :


« -Nan ! »


La fillette le traitera de Pruneau, il a des cheveux de la couleur des ailes des corbeaux posés sur l’arbre rouge de l’avenue du bois, et des yeux noirs et vifs. Il bronze facilement.

Elle ne dira rien d’autre, et continuera à torturer sans y penser davantage son vieux chiffon déjà bien plissé.

Elle restera convaincue très longtemps que la maman de Bruno est très magique de se faire obéir ainsi.

II Compter.

Une autre année… Comme elles filent. Autant que les cinq aiguilles que prenait l’arrière grand-mère Mémé Sine pour faire les chaussettes grises à son Vieux. Et c’est encore le beau temps, car la grande porte de bois peinte en blanc est ouverte. Les poules caquettent non loin.

Le grand-père arrive du château, de son immense pas de velours côtelé, capiau sur el’tête.

Tous les enfants de la lignée sont là aussi, sans la présence pesante des parents, car ils sont tous en garde chez leurs grands parents.

Ils attendent dans la salle, pensez ! C’est le jour du barbier ! C’est toujours un spectacle.

Il arrive lui aussi, avec tout son matériel, la grand-mère a déjà posé les gâteaux dans une assiette, du sucre dans un petit godet, et réchauffé un café perpétuellement tiédi sur un coin de la cuisinière à bois Gaudin. Elle apporte la casserole d’eau chaude pour la verser dans la cuvette émaillée.

La séance commence. Affût du rasoir sur la large bande de cuir, savonnage au blaireau et en avant le coupe-chou !

Mais l’attraction cette semaine là est autre :

Le grand-père regarde son copain raseur en souriant, d’un air de « CHICHE mon gars, tu vas voir ».

Il a l’air sur de son coup, la fillette voit son œil pétiller.

Le Pépé demande à Bruno de compter des opérations de tête paraissant difficiles. Le copain s’étonne.

Mais le grand-père a son idée derrière la tête. Il est fier et veut montrer pourquoi !

« -Brrruno compte donc voièrrr un peu ! »

Bruno compte parfaitement, malgré sa grande jeunesse, et ne se trompe pas ; c’est un jongleur des chiffres.

L’enfant aligne rapidement les bons résultats, oralement.

Le coiffeur se prend au jeu et énonce lui aussi quelques opérations qui sont brillamment résolues en temps record.

Il n’a pas même besoin de ses doigts.

Les deux hommes et la femme sourient et félicitent.

Les enfants écoutent avec intérêt leurs aïeuls causer de ce talent. Ils sont rois au dehors, ils y hurlent leur saoul : à l’intérieur ils écoutent. Ils sourient tous.

La fillette devant cette performance se demande pourquoi elle ressent elle aussi une grande fierté. C’est qu’elle est trop jeune pour analyser que le talent de ce garçon rejaillit sur tous les gens présents, c’est cela le lien familial.

Les prémices de la conscience du lien social, ça commence comme ça.

Même si l’un apprend l’autre, le "Grand Lien", il ne le suit pas forcément plus tard, ce qui n’empêche rien.

C’est normal, sinon la Terre entière serait une même famille. De quoi se marcher sur les pieds.

Savoir...

III Voyage.

La déesse (DS) est prête. Ils partent en famille à cinq en voyage (Espagne ?) et les nausées dans cette sublime voiture ne sont plus à prouver.

Avec trois enfants derrière, il vaut mieux leur donner un léger sédatif pour la durée de la route. Cela se fait à l’époque.

Les parents n’ont aucun mal avec les deux filles.

Par contre, avec Bruno, c’est une autre paire de manche !

La mère s’énerve, le gamin « chouigne ».

Ni caresses ni colères n‘ont réussi à le convaincre, encore moins le raisonnement ou la persuasion.

Qu’à cela ne tienne, une des tantes essaie la cachotterie :

Tous dans le secret perfide, tantes, sœurs et cousins voient la scène. Complices.

Un morceau de pain tartiné de je ne sais quoi de bon, le cachet bien enfoncé à l’intérieur.

Elle lui donne gentiment pour le consoler.

L’enfant Tête De Mule s’en empare, larmes ravalées, et croque dedans avec plaisir.

Il mâche, avale.

Puis il recrache tout et jette ce qui reste rageusement par terre, pensant probablement à la perfidie familiale.


... Il vomira plus tard comme prévu dans la belle voiture noire.

IIII Promenades.

Dans les vieilles familles paysannes des années soixante, et même bien au-delà, la parole s’apprivoise comme le serait un animal précieux de nos jours.

À table, au quotidien, on n’a pas besoin de vraiment parler, les sourires sont là, quand on est seuls avec les Vieux. Pas besoin pour être ensemble de mots : les mouvements et les gestes servent de signes réconfortants, on se sent bien rien qu’avec les yeux, ces outils du regard qui servent la relation plus fortement parfois que les paroles.

Ça change quand leurs filles sont là, les enfants se dépêchent de fuir les grandes tablées joyeuses pour être tranquilles dehors ou ailleurs.

Tranquille veut dire ici sans parents, car ils ne sont pas des plus calmes ! Leurs cris et leurs rires ne manquent pas d’envergure, mais cela rassure les adultes qui s’inquièteraient sans cela.

Le garçon préfère pour moitié de ces temps forts rester non loin des adultes, il ne prend pas forcément plaisir à courir dans les bois se déguiser de joncs et de feuilles, ou modeler la glaise salissante du ruisseau qui éclabousse, ou attraper les lapins savamment orientés par les petites mains expertes ou complices vers leur évasion, ou jouer aux cabanes dans les bois.

C’est un enfant calme qui vit ses rêves calmement.

Cela rend parfois sa mère malheureuse, elle à l’impression que son fils manque quelque chose de bien au travers du groupe joyeux et amical.

Elle ne pense pas qu’il est comme la plus grande des cousines, (celle-ci est passée irrémédiablement du côté des grands, malheureuse ! Trop tôt !), de sept ans plus âgée que lui, et qui aime écouter les adultes, elle aussi, tout simplement.

La père, heureux et amolli comme tous les oncles ou pères après un bon repas, dira à la mère :

« - Mais laisse le chérie, il est bien là. »

Le groupe d’enfants, lui, a pris l’habitude de cette situation : chaque membre est heureux quand il vient avec eux, le laisse lorsqu’il en a envie, et ne se pose pas de questions.

Discrètement dans ces cas-là, au retour de la troupe suante et tapageuse, assoiffée, affamée et rieuse, il repassera toujours renouer le contact qui finalement n’était pas dénoué, d’un regard ou d’un mot.

Au fil du temps, la troupe est passée de sept à neuf. Les années avancent en perfusant leur expérience et en tissant leurs ramifications.

V Chipotages et petite taille.

C’est bon le maroilles. On en fait de délicieuses rôties au fromage.

Dans le vrai Nord, c’est commun.

Ça sent bon, toute relativité prise, les enfants goûtent les tartines chaudes avec appétit, la Mémé gave comme elle peut tout son petit monde.

Bruno « chipote souvent » : il ne mange qu’à sa faim, et par ici on aime bien se porter rondement.

Comme son père, il n'aime pas le fromage.

Par contre, il ronge ses ongles !


La fillette a entendu une chose étrange : Dédée aurait fait un nain.

Elle ne cherche pas plus loin, cette expression l’amuse. Elle n’y a jamais cru.

Elle répète souvent cette expression d’adulte, pour les chiner.

Finalement celle-ci lui dit une fois que ça l’ennuie qu'elle raconte cela.

Sans doute a-t-elle peur une période  en questionque ce soit vrai.


La fillete devenue jeune fille se remémore  la taille du Nain : il la dépasse d’une bonne tête !

VI.Rami et belotte.

Les cartes ne sont pas un jeu comme les autres : les règles des jeux sont des chiffres, des codes, des combinaisons à monter soi même ou collectivement, dans un seul but : gagner.

Ce n’est pas le cas de tous les jeux. Le jouet est adulte.

Bruno y excelle.

Il est à bonne école avec son père, certes.

Il agence, il remanie, il devine, il mène, bref il domine souvent.

C’est un joueur pour le jeu, pas pour ce qu’il pourrait lui rapporter.

Ses pions, s’il y en a besoin, sont souvent des pièces de un centime.

La fillette sait qu’il est numismate à ses heures.

L’amour des chiffres, bien ronds pour les opérations, l’amour des chiffres, bien ronds sur des pièces de monnaie.

Une année, il lui en a donné tout un tas.

Elle s’en sert encore dans ses décors de petite sirène, elle les a peintes en or et mises dans un coffre en bois.

Elles font masse sur le fond sablé des océans de ses décors de spectacle et ça fait trésor.

Parce que c’est un trésor justement, ce cadeau.

VII Camping.

Quatre de la Descendance partent camper. (L’aînée doit « bachotter quelque part, pâlie sur ses bouquins, les quatre plus jeunes de la Troupe restent avec leurs parents respectifs.)

C’est encore une fois l’été dans ce petit village ferroviaire situé dans un petit coin du haut de la France : une large rivière poissonneuse enlace sereinement le terrain de camping.

Une à ordre de veiller au grain car c’est l’aînée du groupe (la deuxième de l’ensemble), ce dont tous ils se fichent prodigieusement. Elle aussi.

Tous jouent le jeu : complices : elle gronde, ils obéissent.

Faut être surs d’avoir la permission de partir si loin sans Grands ; ça donne confiance.

Les enfants aiment beaucoup rassurer les parents.

Sans leurs faux-semblants, ceux-ci ne se déculpabiliseraient pas de leur envie bien légitime de prendre du plaisir sans leurs gamins, et du fait les imagineraient en insécurité.

Alors chacun a à cœur de jouer son rôle : ça rassure les adultes. Les enfants ont cette science innée.

Car si les parents passent leur temps à rassurer leurs enfants, il est juste que les enfants sachent quand c’est à leur tour de le faire.

S’il faut une référence, il y en aura une ; mais aucun rapport d’aînesse ne se fera sentir durant ce temps.

C’est la fillette, grandie, la « Cheffe ».

Trois des quatre aiment les trains

Lui, il aime pêcher. Son attirail est prêt. Il a appris avec son père, un grand monsieur drôle et affable, bon d’accord, très autoritaire, mais généreux, et très « boute-en-train ».

Elle se souvient qu'ub soir de grande facétie, il a été le moteur de la débandade des oncles, qui ont été sonné les cloches de l'église en cachette : tout le village était en émloi evidemment!

Avec peu d’argent, et les « talents », oh très succincts, mais quand même, culinaires de la seule fille de la fine équipe, ils mangeront chaque jour très bien :

Du poisson. Des truites pour être exact. A cette époque elles frétillent encore sans toxines dans nos fleuves. Ils se régalent plusieurs jours d'affilée.

Sauf lui : il dit qu’il n’aime pas trop le poisson.

Heureusement il pourra se rabattre à tout moment sur les crêpes du camp.

Heureusement le camp ne dure pas longtemps : les trois autres en ont finalement marre du poisson : il ne rate pas souvent sa pêche !

VIII Sandwiches et Postillons.

Une grande ville, une cité, un appartement ; en bas, le Père est à la librairie, c’est samedi, il travaille.

En haut, dans la petite cuisine sympathique, la mère et la jeune fille qui est passée chez eux discutent entre allées et venues des deux sœurs. Elles sont joyeuses et les trois jeunes gens de la fratrie rient souvent en se croisant.

Il doit repartir, (pour son service militaire ?) il a besoin de sandwiches.

Sa mère les façonne avec tout l’amour qu’il se doit, avec des choses que son unique fils aime.

« -Zut ! J’ai ouvert son pain des deux côtés »

Réagit-elle soudainement en geignant.

«- Ben quoi, qu’est-ce qu’il y a ? » demande la  jeune fille intriguée.

« -Oh pis ! Bah ça fait rien je vais bien lui envelopper, il ne verra rien avant de les ouvrir, il les mangera bien quand même. »

Elle sourit puis  explique à sa comparse, déjà enjouée de la future incongruité à raconter :

« -Il n’aime pas quand le pain de ses sandwiches est coupé des deux côtés car les ingrédients peuvent tomber. Mais j’ai oublié.»

Elles rient, complices fugitives d’un instant, surtout amusées.

Elle le rejoint sans rien dire dans la chambre des plus jeunes sœurs, c’est là que l’une d’elles lui signale que son frère sait faire des tas de petites gouttes d’eau avec sa langue dans l’air environnant.

En effet, ce que nous faisons parfois sans le faire exprès, lui le contrôle à merveille.

Il nous postillonne son talent et nous admirons sincèrement. Malgré ses explications, elle n’y arrivera jamais.

Sur ce, il prend ses sandwiches et file.

Plus tard, elle sut qu’ils les avaient mangé, évidemment.

IX Paris.

Là encore le temps est clément, comme si l’été a pris l’habitude de les réunir temporairement, même très peu de temps, mais la prime enfance leur a donné ce pli envahi de soleil pour se revoir.

La jeune femme est dans la minuscule pièce de l’habitat de deux jeunes hommes : lui et un ami.

Ça a commencé bêtement, par téléphone :

« -Allo ? Dis, tu voudrais pas venir m’aider à faire le ménage ? Je ne sais pas le faire, Pat non plus. On craque, tellement c’est sale.

-Bon ! D’accord je viens ! »

Elle est à Paris également, drôle de vie, finalement ils ne sont pas très loin les uns des autres à cette époque, du moins pour les aînés de la troupe. Elle passera, ça lui fait plaisir de le revoir.

Ca fait au moins un an…

La vie…

Dépaysés... En manque de leur campagne...

... Las ! La cuisinière a trois centimètres de graisse variant entre les teintes ocrées ou grises, l’évier est noir, et le reste à l’avenant.

Les moutons broutent sereinement un paysage poussiéreux et guère avenant! Ils s'éparpillent bien plus que les vrais qu'ils observent parfois dans le village natal.

La vaisselle s’empile autant que la poussière dans chaque recoin, depuis la télévision vide faisant office de bar, jusqu’à la table ou pas un centimètre carré est libre.

Elle se met au ménage avec courage. Les deux autres font exactement ce qu’elle leur demande, le soir le petit logement brille comme un sou neuf. Enfin pas les deux chambres, là elle n’y rentre même pas.

Pour la remercier ils veulent lui offrir à manger.

Elle comprend que là encore, il vaut mieux qu’elle donne ses conseils. Ou qu’elle fasse !

C’est dur la vie de bohème, vous savez !

Ils sont tellement heureux de faire, que leur échalote est plus finement ciselée que celle d’un cuisinier.

Elle comprend ce jour là que l’amitié et la tendresse au sens littéral n’est pas insignifiante : il lui apprend que dans certaines situations elle fait avec plaisir ce qu’elle déteste le plus : le ménage et la sauce salade.

Ils font leur repas à trois dans les rires.

Il lui rappellera plus tard de temps à autres ce moment là.

Elle repart, vaisselle faite.

Depuis, à chaque fois qu’elle a fait la vaisselle, lorsque encore non équipée de la machine, et qu'elle s'en faisait un ennui, elle a sourit en pensant à ce jour.

X MacDo.

Il arrive chez elle, aux Buttes Chaumont, avec autre fratrie oh pas beaucoup, seuls ceux qui sont à Paris ou en banlieue, dite grande ou petite.

Ça fait quand même déjà pas mal de monde avec les conjoints.

Elle a fait un poulet pour l’occasion, mais ça ne suffit pas.

Le croiriez-vous ? La jeune femme se souvient qu’il faisait beau, ce devait être encore l’été. Elle dit :

« -J’ai failli acheter les trucs là, les mac-do, mais comme je n’ai jamais goûté, je n’ai pas osé, je ne savais pas si vous aimiez.

Il rétorque :

« -Mais c’est super bon oui, c’est vachement bon, je vais en chercher, il y en a un tout près. »

Finalement, joie d’être ensemble ou flemme de bouger de la salle envahie de rires, personne n’ira chercher les fameux big-mac : ils retrouveront des restes dans le frigidaire et du pain dans le placard, et s’en contenteront sans problème.

Et puis, on discute Félix Potin et ça, c’est quelque chose, même si c’est du passé.

Et de concours d’étalages de légumes et agrumes gagnés ailleurs.

C’est plus intéressant que d’aller faire les courses.

Mais le lendemain elle goûtera ces fameux BIG MAC dont elle a entendu parler en bien la veille. Elle ne s’y était jamais lancée !

Depuis elle en mange bien une dizaine par an…

Familles

Diplômes, mariages, paternités et maternités…

Oui, ils ont presque tous des enfants, un travail, une famille.

Des passions toutes différentes.

A présent, l’Une aime mitonner et professer, l’Autre écrire, Un se passionne de politique, Lui c'est le commerce, Une adore les enfants, Un faire des trains, l’Autre la gestion, Un faire du cinéma, L’une les fêtes.

Mais ils aiment tous cuisiner avec art, lire ou écrire de belles choses, le commerce, la gestion  et la politique c’est plus ardu, mais bon ils s’y intéressent, voir au lieu de faire du cinéma, oui tous ils aiment aussi ; ils ne fabriquent pas tous des petits trains mais oui c’est chouette les petits trains, y’en a dans les maisons, et les fêtes et rire évidemment, le plus souvent possible. Et les enfants… Bien sur.

Et le Village, avec son vent faisant sauvagement bruire les peupliers argentés.

Le village perdu environné de bois gorgés de sources.

La maison vieille et le grenier que les adultes mettent trois semaines à ranger quand les enfants ont fini le temps des jeux, entendez les grandes vacances.

Son portail qui grince qui sert de balançoire. Ses prunes et ses groseilles. Vaches et veaux…

Fram, spécialité : aller retrouver le Pépé pour se faire ôter les affublements dont les plus imaginatifs l’ont vêtu, car un chien c’est un chien, c’est gentil et patient avec les enfants, mais ça a le sens du ridicule.

Les marelles dessinées sur l’ardoise de l’allée lavées par les grosses pluies étésiennes, les igloos l’hiver sous les deux sapins, la luge sur les pentes de la colline, le « ski » dans la boue.

Les bouquets de fleurs, (la Mémé préfère les marguerites et les feuilles de l’arbre rouge de l’avenue du bois, mais le Pépé n’aime pas qu’on le coupe !), les poules et les sauterelles, l’odeur suave du foin et les papillons, le rossignol.

Les étoiles filantes, la pauvreté réelle, mais inconnue d’eux, qui se sentaient si riches de tout là-bas.

La grande table fermière qui nous aura vu tourner toute autour d’elle sempiternellement jusqu’à fatigue. Et de rire.

Le dictionnaire.

Les lapins encagés sur « les pattes rouilles », qu’ils mangent en grignotant sans arrêt, et  que la troupe aimait relâcher discrètement pour pouvoir entendre un adulte clamer :

« -Les enfants !!!!! Les lapins sont ensauvés ! Rattrapez-les ! »






Et tous de rire en catimini, n’attendant que cela. Sales petits monstres, joueurs de boue et du ruisseau, voleur de fleurs de cimetière et cueilleurs de tilleul.


Ils se côtoient par épisodes, se retrouve durant de nombreuses années une fois l’an, pour chanter :

« Allons Z’enfants de la famille « XXX » !

Le jour de gloire est arrivé !

Puisque nous voici tous réunis,

,etc… »

Sur l’air de ce que vous devinez quoi…


Faut pas rire : ca vient d’un temps pas très lointain où chaque enfant connaissait ça par cœur. Ca restait pour plus tard.

Faut pas rire, d’un hymne national nous en avions compris l’importance très jeunes et l’avions transposé à notre fratrie/cousinage.

Faut pas rire : à la trentaine on le chante encore !

Faut pas rire, ca veut plus rien dire maintenant mais nous en gardons le symbolisme par nostalgie personnelle plutôt que sociale...


Et puis les jours passent, tissant en filigrane une toile qui devient transparente au fur et à mesure qu’elle s’éloigne de l’enfance.



Anniversaire.

… Ce matin, avant de venir dans son quartier, elle a observé le casier d’imprimerie devenu mural qu’il lui avait offert un jour à Paris.

Un vrai.

Plein de petites fèves dedans, il est accroché comme promis dans son entrée.

Classique. Emouvant.

Elle le fixe longuement, toute en songe.


Elle se souvient qu’un jour il lui dira son impossibilité d’omettre son anniversaire : cinq ans de différence avec elle, mais même mois et presque même jour.

Elle ne l’oublie pas non plus.

Aujourd'hui, c’est une bonne saison.

Une saison habituelle pour des retrouvailles avec les Autres. Elles le sont toutes.

Ils sont tous là.

Elle lui sourit en lui serrant la main. Il est toujours aussi grand.

Elle le trouve beau, inchangé, puis s’éloigne un peu, car d’autres arrivent pour le saluer.

Maintenant, elle se retrouve toute bête, debout devant un bête de cercueil, avec lui dedans.

Et elle, elle est dehors.

Sa peine est sans larme, toute rentrée.

... Il a la fixité glacée de la vie figée par le gel.

Larmes et chuchotements, pleurs et gémissements.

Bruno...

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22 mars 2009

Légende.

La légende De Dune Hya... Duché de Bourgogne...

C’est en arrivant à Sémur (Duché de Bourgogne) que feuilllle collecta sa première histoire.
Son prénom n’a aucune importance en soi, mais celui-ci raviva la mémoire d’une Résidente Sémuroise, ville dans laquelle elle dormait aussi ce soir là.

Feuilllle souriait, elle avait permission de la Dame d’arranger l’histoire en forme de légende, si elle n’en changeait point la forme. Cela lui convenait parfaitement.
Elle ne devrait pas poster le glyphe de cette Conteuse, mais elle lui enverrait ce qu’elle avait retranscrit et imaginé de son histoire.

Elle joua un peu avec Messire ArbrEnVol, ce nouvel animal recueilli depuis peu, épiné sauvagement par de mauvaises ronces poussées sur un chemin entre Dijon et Sémur. Il était alors mal en point et échevelé, mais depuis qu’elle le soignait avec constance, son plumage était redevenu luisant et les petites perles anthracites de ses yeux bien vivaces.
Elle se relut, attentive aux mauvais empattements de ses lettres, souffla sur l’encre fraîche, un peu agacée de ses phrases écrite en biais, puis elle sourit en pensant à l’envol des mots.
Elle équipa ArbrEnVol d’un petit vélin léger et bien roulé, le retint un peu sur son cœur enserré tendrement au creux de la main, puis le laissa partir tranquillement.

Janvier 1457
…La Dame venue d’ailleurs était assise dans un coin de l’ancienne auberge, éclairé d’épais vitraux mats et laiteux. La lumière diffusait son éclat avec parcimonie, car l’hiver était encore niché au cœur du Royaume.
Nous discutions tous, du temps et du pays, et sa voix un peu traînante et grave émouvait les auditeurs. Elle nous proposa son histoire que nous acceptâmes avec la fébrilité et l’impatience que procurent l’ennui et la fatuité.
Elle regarda en souriant l’assistance un court laps de temps, puis commença, se jouant avec talent des pauses et des soupirs pour renforcer le suspense de l’histoire.

« - Il était une fois…Et oui cela commence toujours ainsi »,
Chuchota t-elle en nous souriant légèrement,
« -Il était une fois… une histoire d’amour exotique ! »

... Sa voix n'était plus que murmure, ses yeux plissaient de rire, un peu narquois...            

« … Il y a quelques années, dans un autre lieu du Royaume, un banquet était organisé à l’occasion d’un anniversaire d’une amie ; le crépuscule  étalait sa chape sombre, les invités allumaient  les chandelles.
Nous étions nombreux à évacuer avec plaisir la lente routine des semaines et la fatigue de nos durs labeurs.
J’écoulai les heures paisiblement tandis que les ménestrels jouaient du flûtiau et de leur luth, et rythmaient leurs chants de leurs tambourins et grelots.nous étions nombreux à évacuer avec plaisir la lente routine des semaines et la fatigue de nos durs labeurs.

Les mets déposés sur les tréteaux de la salle du banquet fumaient leurs vapeurs épicées, les tablées supportaient des victuailles suaves, variées et appétissantes. Le gibier et les poissons agrémentés d’herbes odorantes fleuraient le fenouil ou la sauge, le gingembre ou la menthe.
Le bon vin de bourgogne coulait à flots dans les verres d’étain et la bière écumait des chopes !

Les festivités étaient à peine entamées, lorsqu’un mouvement dans la salle attira mon attention. L’assemblée se figea un minuscule instant.
Il y eut comme un soupir du temps, une stase dans le regard des gens.
Je relevai la tête, comme tout le monde, et dirigeais mon attention vers les lourds vantaux sculptés de la porte d’entrée ; le vent s’engouffra dans un gémissement sifflé et caressa de sa bise glacée l’assistance.

Je vis arriver un homme étrange, inconnu, mes yeux ne pouvaient s’en écarter ; il transportait avec lui une odeur d’humus frais et de forêt mouillée. Il était grand et simplement vêtu d’une chaude houppelande vert sombre, de l’exacte nuance des feuilles de saule en fin de saison. Son chapeau aux larges bords l’auréolait de fauve.
J’avais les yeux écarquillés sur lui, il dut sentir l’insistance profonde de mon regard, car le sien ne quitta dorénavant plus le mien. Un vague sourire affleurait sur sa bouche au contour ferme.

De toute la soirée, nos yeux ne se quittèrent que fort peu. Ses regards langoureux posés sans cesse sur moi exprimaient un appétit qui n’avait rien à voir avec les nourritures solides. »

La Dame cessa quelques minutes son récit… Elle observait attentivement une branche de pin qui frappait à ce moment par saccades une des fenêtres de la taverne. Quand les bourrasques stoppèrent, elle nous dévisagea, souriante, puis reprit :

« - Je sus bien plus tard qu’il était parti depuis longtemps, et de fort loin, pour retrouver ses origines.
Je n’ai jamais su lesquelles.

Un Amour incroyable nous berçait l’esprit, nous oubliions l’environnement entier dans cette espèce de cocon complice qui nous liait.
Il dégusta quelques fruits, je n’avais faim que de lui.
Nous sommes sortis…
Étrangement, je n’avais pas froid…
Nos corps s'épousèrent parfaitement…Comme deux feuilles plaquées l’une sur l’autre lorsque l’automne les unit de sa moiteur après les avoir libérées de leur arbre…

Nos premiers ébats furent suivis de nombreux autres. Nous nous unissions toujours avec force et la même attirance sensuelle qu’au commencement de notre relation.

Dés le début, il m’avait baptisée feuille, et par la suite nous avons gardé chacun ce petit surnom, que je lui retournai avec amusement.
Chaque jour nous imaginions quel végétal nous pourrions être. Ce petit jeu était notre favori, il nous reposait de nos "enserrements" amoureux.

Nous savions qu'un jour prochain notre histoire aurait une fin… Nous avons profité de tous les instants possibles avec la morgue et la fougue de la jeunesse et de l’amour.
Je ne savais trop qui il était, je sentais simplement qu’il était très différent de tous les hommes que j’avais connus.
Tout l’hiver nous nous aimâmes ainsi, liés par la force indomptable de nos sentiments.

…Le printemps était à peine entamé qu’il sembla s’étioler et pâlir. Il s’essoufflait rapidement, nos longues marches en forêt le soulageaient un peu, mais il était certain que son existence était en danger.
Je compris qu’il devait repartir.

Un matin vif et sémillant comme un chant de pinson, je trouvai notre couche de fougères froide et vide.
Près de moi, un petit flacon fait de cristal de roche contenait un élixir aussi vert qu’une pomme de printemps.
Je m’en saisis vivement, je sus immédiatement que c’était son cadeau d’adieu, et l’usage que je devais en faire.
Je le bus avidement. Cela avait le goût ancestral des terres vierges et de la mousse, lorsque la pluie vient de la laver ou que la rosée s’emperle à ses extrémités.
Une chaleur irradia mon corps, les souvenirs se firent précis.
« Vis, mais ne m’oublie pas, et trouve-moi », me murmurait le liquide forestier en me pénétrant dans toutes mes fibres.
Une grande force morale et physique me venait dans le même temps, une jouissance profonde m’irradiait, partant de mes entrailles, pour exploser enfin en gerbe de plaisir atteignant toute parcelle de mon corps et de mon esprit.

Je me sentis devenir arachnéenne, telle une écharpe de vapeur, et m’échappai en ondulant de mon enveloppe charnelle.
Je serpentai en m’élevant au dessus de la ville, et me dirigeai instinctivement vers les bois.
J’étais devenue brume… »

La Dame dégusta tranquillement trois gorgées de liquide à la couleur de miel, ses yeux vrillaient calmement l’assistance et nous ordonnaient de leur éclat le silence… Nous eûmes le temps ainsi d’intégrer cette information envoûtante et extraordinaire.
…Sa gorge frémissait " sensuellement" à chaque lampée.

Elle ajouta sans mélancolie :
« - J'ai plaisir à me souvenir de cette feuille qui a pris le vent, je l’ai cherchée si ardemment !
C'est agréable de penser à celle-ci en particulier, qui fût mon amant terrestre, et aux milliers d’autres qui frémissent puis virevoltent à chaque saison pour vivre et mourir pleinement. »

Une mouche vola, sortie de on ne sait où, et troubla un instant l’harmonie faite d’attente et de curiosité de la taverne. Orfradis la becqueta vivement.

Nous remerciâmes la Dame pour sa magie et sa diction.
Elle reposa sa chope sans la heurter sur la table de bois brut. Son visage étincelait du plaisir du partage.
Après nous avoir fixés quelques minutes, elle sembla contempler bien au-delà de nos personnes un point impalpable de l’horizon.

Son récit nous tenait encore.
Nous avions tous bu plus que de raison. Rêvions-nous ?
Nous étions transportés par la Conteuse et ses mots dans un autre lieu, une autre époque.
Mais nous devions être plus émerveillés encore la seconde suivante !

Notre conteuse s’était tue.
Dans une sorte d’aura opalescente, nous vîmes peu à peu ses contours graciles devenir flous : la Dame « s’effilochait », devenait drapé de lumière plissée et évanescente, jusqu’à disparaître en fumée ténue mais éclatante dans l’atmosphère. Un diffus et éphémère parfum de muguet submergea les senteurs habituelles de la taverne.
Une brume filiforme s’échappait avec un bruit de soie froissée par une fêlure d’un carreau mal assujetti.
On entendit un rire clair qui ricochait en cascade, puis s’amenuisait petit à petit.


Nous étions figés de stupeur, autant par le merveilleux que par l’inattendu. Pétrifiés ce qui parut être un pan d’éternité, nous respirions sans en avoir à peine conscience.
L’effroi tendu devant une situation incroyable et insensée, l’incrédulité immédiate de la féerie, rien de tout cela ne nous amena à craindre la sorcellerie maléfique.
La douceur grave de la Dame était encore palpable que nos craintes firent place au regret de son envolée. Nous prîmes conscience du formidable cadeau qu’elle nous avait fait, à nous pauvre humains qui avions eu la chance de la côtoyer.

Les étoiles que nous avions dans les yeux remplaçaient celles des Cieux, cachées alors sous les nues trop sombres pour laisser filtrer leur éclat.

La Femme Enchanteresse était partie, en emportant sa grâce et sa sérénité, mais en nous laissant à jamais l’empreinte indicible du mystère de sa légende.

Quand la raison ne peut expliquer un évènement, on parle d’enchantement, de phénomène inconnu. Inexplicablement, nous nous endormîmes tous, la tête au creux d’une épaule, ou affalé sur un banc…
Peut-être étions-nous envoûtés.
Je m’éveillais un peu plus tard, la pratique itinérante du voyage m’avait inculquée l’habitude des levers nocturnes. Orfradis agita les ailes.
La lune éclatait de joie à se sentir si pénétrée de nuit.
Elle s’encadrait enfin dans la lucarne, dégagée des nuées du temps, laiteuse et cernée de son halo diaphane.
Puis la nuit agonisa, transpercée par l’aurore en flammes.

J’étais déjà repartie, couverte par cette aube pourpre et sur les routes encore froides du Duché, j’avais le cœur empli de saisissement, mais aussi envahi par la chaleur de l’amitié.
Je distinguais nettement, posée à plat et stagnante sur la brume matinale qui enveloppait encore le paysage de ouate, une feuille de saule mince et brillante qui palpitait doucement.


Ce fut bien des heures plus tard que je compris la signification du songe de cette Bonne Magicienne.
Une feuille et la brume hivernale s’aimaient.
Une saison pour vivre et mourir.

Mais à plein temps.



Posté par feuilllle à 13:32 - 1457. Royaume de France... - Commentaires [3] - Permalien [#]


18 septembre 2008

L'Amour Entier dans l'Univers.

 

Ce texte est un extrait d'une histoire titrée " L'Amour Entier avec l'Univers ".   

Résumé : le personnage étranger qui interroge récolte des indices au fil de ses voyages sur différents lieux.
Il ne sait même pas qui il est, ni d'où il vient.
Cette personne a été recueillie en fin d'adolescence dans un endroit dont il n'est pas question dans cet extrait.
Sa curiosité intellectuelle est renforcée par son besoin de comprendre et éradiquer son amnésie.
Il rencontre donc régulièrement les souvenirs des Autres pour essayer de se faire une idée des siens

Il est actuellement pour quelques Temp'Horaires* près de la Vallée des Zorges, sur Orfradis.

 

 

L'hospitalité orfradienne.

... Elzime me reçoit somptueusement. Sa splendide robe mordorée et tissée fin glisse sur les dalles verdâtres de la salle principale de sa demeure. Ma jeunesse la fait sourire, elle me prend le bras et m'installe presque maternellement sur l'étrange sofa qui jouxte la grande verrière donnant sur l'océan.
Au loin, des chants valsent et les plumages brisent harmonieusement le ciel presque lavande. Les grands oiseaux d'Orfradis migrent ; c'est la Saison des Voyages. La lumière de la mi-journée est crue, mais tamisée par un voile souple et arachnéen qui ondoie au moindre souffle.

 

    Près de nous deux, sur une table au pied central diaphane, des flasques transparentes distillent des boissons délicieuses et légèrement toniques. Dans un plat bleui d'écume mousseuse et gelée, des corolles fraîches rouges et blanches n'attendent que nous pour être dégustées.

Des grains mauves et compacts de pollen d'allinerres s'entassent dans une coupe cristalline posée juste à côté. Leur parfum me stimule déjà...

    La finesse de la décoration de son intérieur hexagonal correspond à l'idée que je me faisais de cette ancienne « découvreuse-descrivante » réputée ; ses cheveux blancs ont le reflet compact de la terre lorsqu'elle se vêt d'hiver en certains lieux, en d'autres temps... Ils encadrent son visage ovale et ses épaules de courbes molles... De fines ridules ciselées par l'existence zèbrent ses tempes, et son regard clair irradie de bonté et de vitalité malgré son grand âge. Sa voix aux sonorités changeantes et complexes me subjugue.

  J'ai rarement rencontré autant de prestance chez un être humain...
Elzime me touche, me touche profondément... Autant que l'approche impressionnante des cascades  lentes de Sgo-Raim, qui ont la force tendre et inébranlable de chasser les Sables Etouffeurs.
   

    J'enclenche mon scriptorimaj...Elzime raconte, se raconte...

 

Posté par feuilllle à 22:38 - L'Amour Entier dans l'Univers - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 septembre 2008

Septembre...2eme édition. Que des E.

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Tempête

 

 
Les herbes empêtrées déferlent et se penchent,
Et cernent, enchevêtrées, les têtes des pervenches.
Septembre évente et tend des ténèbres de grêle
Et révèle entre-temps les restes des helvelles.

 

 Les gerbes élevées des blés tendres et crèmes
Se resserrent et descendent' les pentes des prés blêmes.
Les vesces réservées se revêtent de perles
Et les chênes entendent, les crécelles des merles.

 

Les germes persévèrent, égrenés et semés,
Se délectent de terre, fermement enfermés.
Le temps bêle, véhément, et émèche les prèles...
Les mêmes bercements lèchent les berces frêles.


Les tempêtes célestes épellent les légendes,
Déversent les secrets des revers de l'été.
Les sévères déesses, éjectent, et étendent
Des fléchettes zébrées, mégères entêtées.

 

Des réflexes de gestes, énervent très fervents.
Les reflets verts recréent les sèves des essences.
Les éléments ne cessent, en belle effervescence,
Enflés, de célébrer, les extrêmes des vents...

 

Les serpents éthérés se délestent des gemmes,
Tendrement se dévêtent, des effets des enfers.
Le segment généré des brèches éphémères
Réverbère les bêtes, tremble, et sèche de flemme.

 

 Et les menthes trempées émettent des relents,
Tempèrent les épées et les encres de Temps.
Le présent de clémence, sert et permet des trêves,
En excède les sens,  les défenses, et les rêves...


deux_insectes_028  deux_insectes_024bis  beret_042

mortemer_017

 

feuilllle

 

Réédition à la demande de M.
texte protégé

 

Posté par feuilllle à 13:18 - feuillllets - Commentaires [5] - Permalien [#]

04 septembre 2008

Départ

                           

Départ

                      

                                                       
   Dans l'éternité de l'espace infini, des étoiles naines ou géantes naissent et  s'éteignent avec le temps...

Leur lumière leur  survit...


  Dans les vastes océans profonds, des animacules étranges transpercent les ténèbres liquides avant de retourner au plancton...

Leurs traces le nourrissent...


  Dans les profondeurs denses d'un sol de sienne, des bêtes aveugles et rampantes ressentent toutes vibrations avant de se minéraliser...

Leurs frissons  les cisèlent...


  Dans la monstruosité fantastique du temps, les liens se figent en s'entassant : ils trament une toile merveilleuse que l'on nomme "La Vie."

   Et son fil croît...



Pour Anti

Posté par feuilllle à 09:58 - divers et d'étais - Commentaires [2] - Permalien [#]

14 mai 2008

Comme...

Comme...

Comme il proclame la vie le nourrisson qui vient de naître,

Comme son cri lui fait mal…

 

Comme il tombe l’enfant qui commence à avancer,

Comme il se relève vite !

 

Comme il observe ce petit qui pleure et qui rit…

Comme il collecte !

 

Comme il s’impatiente, le gamin qui ne se sent pas devenir grand,

Comme il a peur de l’être…

 

Comme il se rebelle, l’adolescent qui s’estime entravé,

Comme il se juge seul et incompris…

 

Comme il s’active, le jeune homme bouillonnant qui agit…

Comme sa quête est parfois déplacée !

 

Comme il croit avoir manqué sa vie, l’époux ou le père séparé !

Comme il a bien semé !

 

Comme il réfléchit, celui qui devient Homme,

Comme il est fier d’être Humain

 

Comme il peut guider, Celui qui sélectionne ses rêves,

Comme il peut à présent aimer !


Bon anniversaire, Copain!

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04 mai 2008

Erotisme animal...

Dégustation…

 

Quand il la prit délicatement, la frôlant amoureusement et la palpant de son œil tendre, son propre plaisir fit frémir la Belle froissée…

Il la lova contre lui, et chaque parcelle de sa peau s’irisait à son contact…

Durant les lents enroulements qui la pétrissaient, un suint glissait tendrement entre eux ; il s’étira, langoureusement, et les frissons qui le submergèrent n’avaient rien à voir avec la pluie tiède de l’été qui transformait les fluides corporels en tendre écume…

Son organe buccal la léchait délicatement mais fermement, et son avancée langoureuse pesait sur elle.

Quand il l’eut assez goutée, assez marbrée de ses mouvements, assez caressée jusques aux dentelles qui la bordaient, il l’a dégusta silencieusement et à fond…

Il se laissa enfin choir sur le moelleux sol vert et humide de son habitat pour savourer son repos…

 

Puis il rentra dans sa coquille….

escargot_touch_

 

Défi d’écriture : érotisme animal. (150 mots environ)

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